Atelier d'écriture du 28 février 2026
Cet atelier était l'occasion de créer un personnage de toute pièce ! Dans un deuxième temps, les personnages se sont rencontrés, en binôme ou en trinôme...
Hélène
Je me présente, je m'appelle Lulu et mon acolyte imaginaire s'appelle Tintin.
Moi je suis plutôt farfelu, et je suis habité d'un autre moi, très coquin.
Je, enfin... Nous, sommes basés dans les bois. Je pourrais même dire dans le Bois Lurette, pas loin d'ici, accessible à pied depuis le centre-ville.
Les terriers, les arbres creux, les fourrés nous accueillent, nous protègent tout au long de l'année. Mais la saison que nous préférons, c'est le printemps.
Éveillés, émoustillés, nous sortons le bout du nez.
Mais le nez, nous n'en avons qu'un, gros, un peu granuleux. Alors pour vous faciliter la vie.... Ou au moins la compréhension, je vais nous qualifier, au singulier, de Lutin.
Sortant donc de ma cachette hivernale, à la vue des premiers perce-neiges, j'enfile mon bonnet rouge, mais à l'envers, pour une allure plus fière.
J'enfile aussi mes bottes pour marcher sur les crottes, dans la boue des fossés, dans les flaques d'eau, c'est tellement plus rigolo. Surtout qu'elles ressemblent plus à des cuissardes, ces bottes, qui vous feraient penser au Chat Botté. Il faut vous dire que je les ai trouvées.... Enfin... Vous pourriez dire « chipées », l'automne dernier, à un cueilleur de champignons, promeneur rêveur qui les avait ôtées pour s'allonger sur la mousse bien douce et fraîche, où il plongea dans les bras de Morphée.
Il est tôt. Juste le soleil levé, je me mets à gambader, pour admirer et saluer. Non, non, pas les humains, mais les Crocus, les Jonquilles, les Primevères, les Violettes, les lapins, le chevreuil, les fourmis, les vers de terre... Tout mon univers...
Mais voilà que j'entends des pas. Ils approchent.
Vite, je vais me cacher après avoir fait ployer une branche de noisetier qui, discrètement au milieu du tapis de jeunes crosses de fougères, barrera son chemin....
Voilà de quoi m'amuser quand je verrai s'affaler, sans gravité sur cet épais matelas vert, les quatre fers en l'air de ce bipède, qui se croira juste distrait.
Christelle
Je me présente, je m'appelle… hum, je m'appelle…
J’ai eu beaucoup de noms, trop !
Je suis vieux. Que le chemin est long jusqu'à aujourd'hui …
Une graine.
Je me souviens, je suis tombé sur le sol recouvert de feuilles humides, froides, mortes, en décomposition. Je suis au milieu de ces âmes mourantes et elles me recouvrent d'obscurité, me donnent la vie. Je suis dans le noir maintenant. J'ai chaud.
Plus rien…
Une pousse.
Je me souviens d'une lumière aveuglante, d’un astre lointain. Sous sa chaleur apaisante, je respire, je m'étire, je déploie mes membres encore fragiles, graciles d'un vert tendre. La lumière me traverse, me renforce. Je puise ma vie dans ce sol nourri de mes anciennes compagnes disparues. Je puise ma vitalité dans la pluie qui s’infiltre dans le sol.
Mon univers, mon horizon est là dans ce petit espace de terre et d’herbes folles. Je me balance au gré du vent, doucement le soleil me berce…
Un plant.
Combien de temps s’est-il écoulé ? Je ne sais plus.
Mais maintenant, je suis vigoureux. Mon corps est recouvert d’une belle écorce, d’un brun profond encore lisse, sans aspérité. Je m’ancre dans le sol puissamment. Je me déploie, je me propage comme les flammes d’un incendie. Le monde est plus vaste autour de moi : des milliers de brins d’herbe, des insectes volants et bruissants. Mon horizon s’élargit…
Un arbre.
Je me souviens que tous les êtres vivants qui me côtoyaient m’appelaient par ce nom. J’entendais dans leur voix une admiration. Ils m’attribuaient une supériorité. Je suis grand, haut. J’ai forci. Mes formes se sont épaissies. Les fleurs naissent à l’ombre apaisante de mon feuillage dense, les oiseaux viennent chercher refuge dans mes larges branches protectrices. Les insectes s’installent dans mon écorce aux innombrables aspérités.
Je domine mon monde.
Christelle, Nathalie, Catherine
C’est une belle journée sous un magnifique soleil éclatant. Je suis bien. Il fait chaud. Mes feuilles chantent, murmurent avec le vent. Et le monde marche autour de moi. J’observe cette femme assise sur un banc, qui écrit. Qu’écrit-elle ? Qui est-elle ? Me regarde-t-elle avec ce regard rêveur qui me traverse ? Que ressent-elle ? Est-elle comme moi investie dans son bien-être ? Non. Elle observe une femme qui marche à petits pas avançant dans l’allée du parc. Cette dernière dissimulée sous ses cheveux grisonnants, fins, un peu bouclés, pas très soignés halète en progressant lentement vers le banc. Elle semble avoir le regard hagard, elle hésite à s’asseoir près de la femme écrivante. Malgré ses hésitations, je ressens qu’elle a besoin de repos. Viens petite femme sous mes branches protectrices. Viens te reposer un moment près de ta sœur de rêve…
Maïlys
Je me présente, je m’appelle Inès. On me surnomme depuis toujours Ini-mini, mon mètre 51 n’y est peut-être pas pour rien… mais je m’en accommode bien. Pendant les concerts, je suis la relou qui gâche la vue de tout le monde en grimpant sur les épaules de mes potes. Sorry not sorry ! Quand je suis sur scène, là c’est différent. Là, c’est moi qui surplombe la foule. Et je ne dis pas ça dans un complexe de supériorité, non, au contraire ! Ce que je préfère sur scène, c’est regarder les gens. C’est donner une importance à chaque individu, m’imaginer leur histoire. De mon poste de bassiste, j’ai tout le loisir d’observer les regards, les sourires, les larmes parfois, ça me fascine ! Ça ne m’empêche pas de faire le show, hein, attention ! Je sais mettre le feu et me donner à fond quand ça s’y prête, mais sur les morceaux plus calmes, j’aime retourner à ma contemplation.
Ce n’est pas pour rien que je suis des études de psycho. Tout le monde me dit « Mais Ini, ton groupe marche du tonnerre, tu fais des tournées. Pourquoi tu t’emmerdes dans des amphis bondés à 8h un jeudi matin ?! » Parce que j’aime ça, tout simplement. La scène c’est ma vie, mais ma vraie passion, c’est les gens. J’ai envie de les comprendre, de savoir les écouter comme ils le méritent.
Alors oui, quand je me retrouve sur les bancs de la fac après un concert de folie et une nuit d’à peine 3h, je me demande ce que je fous là. Et puis le soir suivant, je lis la raison dans le regard des gens, et il me semble que je suis à ma place autant sur cette scène que sur ces bancs.
Sylvie et Maïlys
Je me présente, je m’appelle Inès. Aujourd’hui, c’est mon premier jour pour un stage dans un orphelinat. Dans le cadre de mes études de psycho, j’avais l’occasion de venir observer les enfants, j’ai sauté sur l’opportunité !
Pour mon premier jour, j’ai eu une envie originale : me présenter auprès des enfants en chanson, en proposant un petit concert. En plein solo de guitare, j’aperçois du coin de l’œil une petite visiteuse : une souris, non pas grise, mais arc-en-ciel ! Je la vois approcher vers moi et oh surprise ! Je peux l’entendre.
« C’est quoi ce boucan ? J’ai l’habitude de ne sortir que la nuit, mais votre vacarme m’a dérangée dans mon sommeil. »
Sarah et Anne-Marie
Carmel domania
- Allo carmel domania
- Thérèse pour vous servir.
- Je vous appelle pour une demande bien précise : nettoyer et prendre soin de ma collection de théières.
- Oui cette activité fait partie de nos services.
- J’insiste sur la fragilité de mes objets : ma grand-mère me les a légués avant sa mort et elle y tenait comme à la prunelle de ses yeux.
- Je comprends madame et nous en prendrons le plus grand soin.
- Par exemple ma théière bleue, porcelaine de Delft date du 18e siècle. Elle a déjà fait l’objet de convoitise et j’ai été démarchée par les présentateurs de l’émission « Affaire conclue ».
- Très bien c’est l’émission préférée des petites sœurs du carmel.
- Votre notoriété me rassure. D’ailleurs vos écrits largement médiatisés vantent régulièrement vos compétences ménagères. Je me permets de vous demander le prix de vos prestations.
- Plusieurs formules existent : époussetage seul 20 euros les 2h
Avec objets fragiles : 50 euros les 3 h
Forfait sur 3 mois : 120 euros pour 3h chaque semaine
Ménage complet sans l’entretien des vitres 150 euros pour 4h une fois par semaine.
- Ma sœur vos prix sont exorbitants. Vous avez pourtant fait vœux de pauvreté et de charité. De plus l’Eglise a la réputation d’être riche.
- Je vous concède un rabais. En échange vous animerez un atelier thé une fois par mois pour nos touristes toujours à la recherche d’une originalité lors de leurs périples.
Et c’est ainsi que le tourisme religieux, un peu en berne ces dernières années, retrouva un second souffle.
Texte bonus écrit par Christelle, avec les mots offerts par les personnes assistant à l’atelier d’écriture
Dans la mer d'encre, tu navigues avec fantaisie. Tu n'avais jamais eu la flemme de parcourir cette étendue liquide et toujours tu ramais avec un sourire chaleureux arrimé à la trame de ton visage teinté de vent chaloupé. Tu te débrouillais avec beaucoup d'agilité entre la ligne de flottaison du soleil et la ligne d'horizon des possibles.
Pourtant, quelques fois il te fallait t'ancrer un instant dans la marge du jeu pour projeter tes souvenirs-phares. Sur cet espace blanc, une forme vague remontait à la surface de l'astre en flammes : une femme, en rose, te tournait le dos. Elle sombrait, ne laissant à la surface des mots qu'une plume.
Cette âme du passé remontait à la source de ton enfance et faisait couler beaucoup d'encre sur la vaste étendue où maintenant tu navigues avec fantaisie.
