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LASICOTIÈRE, Léon de (1812-1895) : Les Rosières en Basse-Normandie(1884).
Saisie dutexte : O. Bogros pour lacollectionélectronique de la MédiathèqueAndré Malraux de Lisieux (17.III.2016)
[Ce texte n'ayantpas fait l'objet d'une seconde lecture contient immanquablement desfautes non corrigées].
Adresse : Médiathèque André Malraux,B.P. 27216,14107 Lisieux cedex
-Tél. : 02.31.48.41.00.- Fax : 02.31.48.41.01
Courriel : mediatheque@lintercom.fr, [Olivier Bogros]obogros@lintercom.fr
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Diffusionlibre et gratuite (freeware)
Texteétabli sur l'exemplaire de la Médiathèque (Bm Lx : Norm 1489). Extraitdu Bulletin de la Société historiqueet archéologique de l'Orne, tome III, 1884. Exemplaire trufféayant appartenu au baron de Moidrey.


LES

ROSIÈRES

EN

BASSE-NORMANDIE

par

Léon de LA SICOTIÈRE

Les Rosières en Basse-Normandie (1884)

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Les Rosières en Basse-Normandie (1884)


MES CHERS CONFRÈRES,

Il serait grand temps que l’honneur et la charge – comme disaient nosanciens – de présider notre SociétéHistorique de l’Orne,passât à un autre de ses membres. Trois années consécutives deprésidence m’ont donné le droit d’aspirer à la retraite. Cetteretraite, vous devez le penser, ne sera ni le repos, ni l’indifférencepour les travaux et les succès de notre Société. Mais des noms ancienset nouveaux, plus autorisés que le mien et vous offrant plus degaranties, sinon de dévouement, du moins de crédit et de succès,appellent vos suffrages. Ces noms feraient rejaillir sur la présidencequelque chose de l’honneur qu’ils lui emprunteraient. Leur successionassurerait à nos solennités annuelles plus d’intérêt, en leur donnantplus de variété. Il est, d’ailleurs, de tradition que les présidentsdes réunions scientifiques ne soient nommés que pour un an ou deux toutau plus : Sage disposition, qui concilie les intérêts de l’auditoire,qui veut bien honorer vos réunions publiques de sa présence. avec ceuxdu président lui même ! Il ne peut ni se transformer, ni se rajeunir,hélas ! Il court risque de tomber dans des redites, et dût-il vousapporter chaque année des sujets entièrement nouveaux, il est toujoursà craindre qu’il ne les traite un peu de la même manière. La formes’use encore plus vite que le fonds. Il n’y a que les poëtes, certainspoëtes du moins, comme celui que vous aurez le bonheur d’entendre dansquelques instants, qui aient l’heureux privilège de ne s’épuiser jamaiset pour des pensers nouveaux,suivant l’expression de l’un deux (1), de trouver une forme toujoursnouvelle.

Au risque de me répéter, mes chers confrères, vous me permettrez devous féliciter et de me féliciter avec vous de la marche ascendante etprogressive de notre Société. Le nombre de ses membres s’est assezsensiblement accru au cours de cette année. Des noms qu’elle attendait,qu’elle revendiquait d’avance comme siens, sont venus enrichir saliste. Ses réunions ordinaires ont été régulièrement tenues etsuffisamment alimentées par des communications et des discussionsintéressantes. De nombreux et importants mémoires lui ont été adresséset ont été publiés ou vont l’être dans ses Bulletins trimestriels.

Que l’union, que l’accord continuent à présider à toutes nos relations! Que des communications mutuelles, des échanges confraternels lesresserrent et les cimentent ! Nos travaux individuels y gagnerontsingulièrement. Restons toujours convaincus que, dans une Société commela nôtre, chacun reçoit toujours plus qu’il ne donne.

L’idée, dont je m’honore d’avoir été le promoteur, de tenir nos assisesannuelles dans chacune des principales villes de notre circonscription,reçoit aujourd’hui, par le nombre des sociétaires qui assistent à cetteséance, par la présence de tant de personnes distinguées réunies danscette enceinte sur l’initiative bienveillante de l’administrationmunicipale, par celle du premier magistrat de cet arrondissement, uneconsécration nouvelle.

Quel théâtre mieux choisi, d’ailleurs, que ce pays, que cette ville,pour une réunion d’antiquaires ? Des monuments et des souvenirshistoriques de toutes les époques s’élèvent ou se pressent autour denous, et les sites grandioses ou charmants qui leur servent pour ainsidire de cadre et que nous admirions tout-à-l’heure, gardent, au milieudes ruines et des révolutions historiques, leur immortelle beauté !

La part a été faite très-large à l’histoire du pays de Domfront, dansle choix des morceaux qui rempliront cette séance. C’était convenanceet justice.

Seul ou presque seul des orateurs, j’aurai à développer devant vous,mes chers confrères, un sujet qui n’a rien de précisément local, encoreque le Passais y ait sa part spéciale : les Rosières en Basse-Normandie.J’ai pensé qu’au milieu des guerriers, des combats, des donjons, descouvents, dont la physionomie austère va vous apparaître, l’aimable etdouce figure de nos jeunes Rosières ne serait pas tout à fait déplacée,ne fût-ce que comme contraste, et que cet auditoire, qui aurait ledroit de se montrer sévère, aurait pour elles un sourire indulgent.

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L’homme de France qui eut le plus d’esprit, Voltaire, disait un jour,à-propos de je ne sais quelle académie de province – ce n’était pas lanôtre assurément – « c’est une bonne fille qui n’a « jamais fait parlerd’elle. »

Ce sont de bonnes filles aussi que les Rosières, mais de bonnes fillesdont on a beaucoup parlé ! Peu de sujets ont eu le privilèged’intéresser, de passionner même le public au même degré. L’histoire,la poësie, l’éloquence de la chaire, celle du barreau, le théâtre, lamusique, la peinture, la gravure, la danse même, tous les arts, tousles genres leur ont tour à tour rendu hommage. On ferait un curieuxvolume, rien qu’avec l’analyse des ouvrages dont elles ont été l’objet.

Depuis longues années, j’avais recueilli de divers côtés des notes surce sujet des Rosières, uniquement pour satisfaire ma curiositépersonnelle, et sans prévoir que, de ces notes ramassées au hasard,j’essaierais de tirer un corps de mémoire. Mon essai était imprudent ;je m’en suis aperçu trop tard. Combien ne faut-il pas d’épis pourformer une glane, et combien de glanes pour former la plus maigre desgerbes ?

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Quelques généralités sont indispensables pour l’intelligence de notretravail.

C’est à Salenci, petit village du département de l’Oise, au diocèse deNoyon, que l’on a trouvé l’origine de l’institution des Rosières. ANanterre seulement, par un patriotisme respectable, mais exagéré, onles croit originaires de la localité même, comme les petits gâteaux (2).

Une tradition très-accréditée dans le pays, sans que rien la justifiesuffisamment, voulait que Saint Médard évêque de Noyon au Ve siècle eten même temps seigneur de Salenci, eût imaginé de décerner tous les ansune somme de 25 livres et une couronne ou chapeau de roses, à la plusvertueuse des filles de sa terre. Ce serait même sa propre sœur qui,désignée par la voix publique, aurait obtenu le premier de ces prix devertu. Un tableau conservé dans une chapelle de Salenci représentaitcette scène, sans grand souci de la couleur locale. Le prélat, enhabits pontificaux, posait une couronne de roses sur la tête d’unejeune fille coiffée en cheveux et à genoux. 12 arpents, détachés de laterre seigneuriale, avaient été affectés au paiement de la rente et desfrais. L’institution avait prospéré. La Rosière était entourée d’unegrande considération et ne manquait jamais de se marieravantageusement. On avait été jusqu’à exiger qu’elle justifiât d’uneascendance de quatre générations, irréprochables comme elle. Leseigneur de Salenci, après l’évêque, était demeuré en possession dudroit de choisir la Rosière parmi trois filles de Salenci qu’on luiprésentait un mois à l’avance, et le nom de l’élue était proclamé auprône, afin que ses rivales eussent le temps d’examiner ses titres etde les contredire.

Le 8 juin, jour de la fête de Saint Médard, vers les deux heures del’après-midi, la Rosière, vêtue de blanc, frisée, poudrée, les cheveuxflottants en grosses boucles sur les épaules, accompagnée de sa familleet de douze filles aussi vêtues de blanc, avec un large ruban bleu enbaudrier, auxquelles douze garçons du village donnaient la main, serendait au château de Salenci, avec tambours, violons et musettes. Leseigneur ou son épouse allait recevoir la Rosière ; celle-ci luifaisait un petit compliment pour le remercier de la préférence dontelle avait été l’objet ; après quoi, le seigneur ou son représentant etle bailli lui donnaient chacun la main et, précédés des instruments,suivis d’un nombreux cortége, ils la menaient à la paroisse où elleentendait les vêpres sur un prie-Dieu au milieu du chœur. Les vêpresterminées, le clergé sortait processionnellement avec le peuple pouraller à la chapelle Saint-Médard. Sur l’autel était placé le chapeau deroses, entouré d’un ruban bleu et garni sur le devant d’un anneaud’argent. Après l’avoir béni, l’officiant le posait sur la tête de laRosière agenouillée et lui remettait les 25 livres d’argent, enprésence du seigneur et des officiers de justice. Ainsi couronnée, laRosière était reconduite par le seigneur ou son fiscal et toute sasuite, jusqu’à la paroisse, où l’on chantait le Te Deumet un hymne de Saint Médard, pendant qu’en dehors tous les jeunes gensdu village tiraient des coups de mousquet. Enfin, au sortir del’église, la Rosière était menée jusqu’au milieu de la grande rue deSalenci, où des censitaires de la seigneurie avaient fait dresser unetable garnie d’une nappe, de six serviettes, de six assiettes, de deuxcouteaux, d’une salière pleine de sel, d’un lot de vin clairet en deuxpots de Paris, de deux verres, d’un demi-lot d’eau fraîche, de deuxpains blancs d’un sou, d’un demi-cent de noix et d’un fromage de troissous. A l’issue de ce repas, d’une frugalité symbolique, on donnaitencore à la Rosière par forme d’hommage, une flèche, deux balles depaume et un sifflet de corne, avec lequel un des censitaires sifflaittrois fois avant de l’offrir. Ces objets signifiaient tout simplementle droit qu’avait la Rosière, devenue pour un moment dame de paroisse,de donner le signal des divertissements de l’arc et de la paume (3).Ces servitudes étaient obligatoires, à peine de 60 sous d’amende.L’anneau d’argent et le ruban bleu qui agrémentaient le chapeau deroses rappelaient un souvenir historique. Louis XIII se trouvant peu dejours avant le 8 juin au château de Varennes, près de Salenci, leseigneur de Salenci, M. de Belloy, vint le prier de vouloir bien, pourcette fois, présider la cérémonie. Louis XIII envoya en effet M. deGordes, son premier capitaine des gardes, présider en son nom, et, parses ordres, il fut ajouté aux fleurs de la couronne une bague d’argentet un cordon bleu. A partir de ce jour, la Rosière reçut la bague etelle fut, ainsi que ses compagnes, décorée de rubans.

On a contesté à Saint Médard l’honneur de la fondation.

Un Coutumier de Picardie(1770) prétend que l’institution de la Rosière de Salenci est tropdécente et trop morale pour remonter au VIe siècle. « Je crois qu’onpeut la regarder, dit-il, comme une de ces moralités du quinzième ouseizième siècle, telles qu’il est encore d’usage d’en représenter dansquelques villages des Flandres. Une jeune villageoise, pressée par sonseigneur, pria son père de lui couper la tête pour lui conserverl’honneur. Le gentilhomme, pénétré d’admiration pour cette Lucrèce,prend un chapeau de fleurs et le lui met sur la tête en disant : « Or, vous aurez pour décoration dechasteté, cette noble couronne» Le poëte n’aura point pris sans doute l’idée de cette moralité auvillage de Salenci. » Rien ne justifie cette hypothèse ; mais on serappelle que dans certaines provinces le chapeau de roses était presquela seule dot des filles (4), et l’on se demande si quelque lien nerattacherait pas cet usage à celui de Salenci, la consolation à larécompense. Le chapeau de roses (estimé au XVe siècle 6 deniers ou 2sous) était aussi un mode de redevance féodale ou d’hommage fort usité(5).

Toujours est-il que ce n’est qu’en plein XVIIIe siècle, en 1766, que lafête de Salenci, jusque-là ensevelie dans son obscurité provinciale,acquit tout à coup un intérêt et un éclat sur lequel, assurément,n’avaient pas compté ses fondateurs. Un article publié dans l’Année littéraire(6) et d’où nous avons extrait les détails qui précèdent, suffit pouramener ce résultat. On avait embelli le récit de la fête desconsidérations les plus graves : Cette fête était le palladium deSalenci ; les mœurs avaient gardé dans cette fortunée paroisse unepureté exceptionnelle ; ni crimes, ni scandales, ni querelles, niprocès !

Les circonstances étaient favorables. C’était le moment où leséconomistes et les belles dames, les philosophes et les marquis avaiententrepris une sorte de rappel à la nature qui ne resta pas sans écho.Les champs, les travaux rustiques et les plaisirs du village furentremis en grand honneur. Il fut de bon ton dans la noblesse de jouer augentilhomme campagnard, de rechercher, de ranimer sur ses domaines lesusages déliassés, les traditions tombées en désuétude. « La jeunefemme, comme l’a dit spirituellement Sainte-Beuve, ne pense qu’à éleverses enfants selon les vrais principes, à concilier l’amour et la vertu,la nature et le devoir ; à faire dans ses terres des actes debienfaisance, dont elle ne manque pas d’écrire aussitôt le récit, afinde jouir de ses propres larmes, – des larmes du sentiment! » (7). L’influence de Rousseau entrait pour beaucoup dans tout cela.L’âge d’or n’était plus derrière nous ; il était devant. Le règned’Astrée allait renaître sur la terre. En attendant, on la parait defleurs.

Les poésies pastorales de Gessner (8) obtenaient en France le mêmesuccès enthousiaste qu’en Allemagne. Florian (9) allait les imiter, etlui écrivait un peu prétentieusement : « Je dois à la lecture de vosouvrages tout ce que j’estime de mon cœur. » Ses propres filles,Estelle et Galatée, avec leur grâce un peu maniérée et leur naïveté unpeu coquette, tournèrent beaucoup de têtes charmantes ou mêmesérieuses. On peut sourire aujourd’hui du genre que Florian mit à lamode et auquel il a donné son nom. C’est plus facile que de le faireoublier. Ne crée pas un genre qui veut. Cette société du XVIIIe siècle,fatiguée de jouissances, à charge à elle-même, dépensait en aspirationsgrandioses et en parades frivoles, le peu qui lui restait à vivre avantla Révolution qui allait la dévorer.

Pelletier de Morfontaine, intendant de Soissons, s’étant arrêté àSalenci en 1766, le bailli l’invita à vouloir bien donner la couronne àla Rosière. Il y consentit et il ajouta même une rente de 40 écus, dontla Rosière par lui couronnée jouissait pendant toute sa vie et lesautres, après elle, chacune pendant un an.

Pelletier faisait de mauvais vers ; il recevait souvent chez lui unepetite cour de littérateurs et de poëtes, parmi lesquels Feutry etSauvigny ; ils préconisèrent la fête et le Mécène.

Mme de Genlis, fort jeune alors et déjà possédée du besoin de voir etde se faire voir qui la tourmenta toute sa vie, voulut assister à lafête de Salenci. Elle avait apporté sa harpe. Elle en joua devant lespaysans ébahis. Ce qui valait mieux, elle donna à la Rosière un habitet une vache. Bal dans une grange, « décorée de manière charmante avecdes lanternes de couleur, des feuillages et des guirlandes de roses »(10) ; vers en l’honneur de la Comtesse ; composition par elle d’unepetite pièce, la Rosière de Salenci,qui se trouve dans son Théâtred’éducation.Elle aurait fait davantage : elle aurait, si l’on en croit, – mais onl’accuse d’avoir, en parlant d’elle-même, exagéré beaucoup de choses,comme aussi d’en avoir amoindri quelques-unes, – rédigé de sa blanchemain le Mémoire qui fit gagner aux habitants de Salenci leur procèscontre leur méchant seigneur.

Le sujet des Rosières prêtait trop au décor, à la musique et ausentiment, pour ne pas faire fortune au théâtre. Pendant que Mme deGenlis le traitait à l’usage des adolescentes, Favart faisait joueravec succès devant la Cour, la Rosièrede Salenci(1769) (11) et le marquis de Pezay en donnait une autre aux Italiens(1774) (12), dont la charmante musique de Grétry, plus que le mérite dulibretto, assura la vogue durable. Grétry a consigné dans ses Mémoires,au sujet de cette pièce, une curieuse observation : « Sans s’y porteren foule, le public a toujours vu avec satisfaction la représentationde cette pièce ; il a repoussé les actrices dont les mœurs étaient peurégulières  lorsqu’elles se sont présentées pour remplir le rôlede Cécile ; celles, au contraire, dont la sagesse embellissait letalent, ont reçu des applaudissements flatteurs, surtout à l’instant ducouronnement. »

Ce n’est pas tout : un anonyme composait, en 1770, la Couronne de Roses ou la fête de Salenci,comédie en trois actes mêlée d’ariettes (13) et Sauvigny, à la suite deses deux petits romans l’Innocencedu premier âge en France ou Histoire amoureuse de Pierre Lelong et deBlanche Bazu et la Rose oula Fête de Salenci, dont Greuze n’avait pas dédaigné dedessiner les charmantes estampes, donnait  la Cour d’amour ou le Couronnement d’Eméeet de Basile,pastorale dramatique en un acte et en vers, qui fut sans doute jouéesur quelques théâtres de société. Ce sujet de la Rosière créa un thèmefavori, sur lequel chacun s’essayait à broder des variations.

On le mit même en ballet. LaRosière, ballet d’action en deux actes, de la composition deGardel l’aîné, fut dansé sur le théâtre de l’Opéra en 1783, et a étésouvent reprise depuis (14).

Consultez les littérateurs d’alors (15) : vous les trouvez égalementempressés à chanter dans leurs vers, didactiques et froids comme lapoésie du jour, ces pauvres Rosières qui auraient mieux inspiré AndréChénier dans son temps et Brizeux dans le nôtre.

C’était Fontanes :

           Hélas ! belle Rosière,
D’autres amis des mœurs doteront ta chaumière ;
Mes présents ne sont point une ferme, un troupeau,
Mais je puis d’une rose embellir ton chapeau.

Ou Lemière, dans ses Fastes :

    Reine de nosjardins, rose aux mille couleurs,
    Sois fière désormais d’être le prix des mœurs
    Et de voir voltiger tes beautés printanières
    Sur le front ingénu des modestes bergères.
    Sois plus flattée encor de servir en nos jours
    De couronne aux vertus que de lit aux amours.
    « La pomme à la plus belle, » a dit l’antique adage ;
    Un plus heureux a dit : « La rose à la plus sage ! »

Ou Roucher, dans les Mois,terminant par ces jolis vers une longue amplification ; il s’adresse àla Rosière devenue épouse et mère :

    Un jour, ôdouce image ! un jour, d’un air aimable,
    A vos enfants assis autour de votre table,
    Vous direz vos honneurs, vous ferez voir ce prix ;
    Et votre jeune fille, avec un doux souris,
    Interrogeant parfois sa mère qu’elle écoute,
    Vous l’enviera ce prix et l’obtiendra sans doute.

C’était enfin, Boisjolin, notre compatriote – car il était né à Alençon(16) – disant de la rose :

    Elle orne tousles ans la beauté la plus sage ;
    Le prix de l’innocence en est aussi l’image.

Une heureuse disgrâce était venue ajouter encore à l’intérêtqu’inspiraient les Salenciens et leur fête.

Le seigneur du village, qui portait le nom assez peu aristocratique deDanré, ne s’avisa-t-il pas de leur contester le droit de présenter lestrois jeunes filles parmi lesquelles il devait choisir la Rosière, devouloir la couronner lui-même à la place de l’officiant, de la chicanersur le prie-Dieu qu’elle occupait dans le chœur, en lui offrant,toutefois, le partage de son banc, de refuser la redevance de 25 livresqu’avaient acquittée tous ses prédécesseurs, et même de consigner à laporte de la chapelle Saint-Médard deux cavaliers de maréchaussée, pouren écarter la foule avide de jouir de la cérémonie ? Douleur etindignation des Salenciens ! Procès dans les règles ; mémoiresdélibérés en leur faveur par l’avocat Delacroix, qui devint unpubliciste célèbre, et par Target, alors à l’apogée de sa réputation.On ne sait pas assez quelle était l’immense vogue de ces mémoiresjudiciaires, dans un temps où les revues et les journaux étaient si peurépandus. C’était un genre à part de littérature. Ils firent oucontribuèrent singulièrement à étendre la réputation de Linguet, deServan, de Dupaty, de Beaumarchais, de Mirabeau lui-même. Aujourd’hui,l’avocat parle et n’écrit guère. Il escompte sa gloire et parfois sontalent en succès d’audience. Quoiqu’il en soit, les Mémoires desSalenciens eurent un grand retentissement et rendirent leur causepopulaire dans le monde judiciaire. Target put dire : « Notre cause estaujourd’hui celle du public. » Un arrêt de règlement du Parlement deParis, du 20 décembre 1774, les maintint dans leurs anciens priviléges(17).

De l’enthousiasme pour les fêtes de la Rosière à l’imitation, il n’yavait qu’un pas. Il fut bientôt franchi. Dans toute la France etparticulièrement dans les environs de Paris, chaque année en vitaugmenter le nombre. La nomenclature complète en serait longue etdifficile (18).

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Mais le caractère de l’institution va changer, en s’éloignant deSalenci. Ce n’est plus la naïve pastourelle qu’on va couronner defleurs fraîches comme elle ; c’est le gars robuste, la vieille mère, lebon père de famille, indistinctement, dont on va récompenser ledévouement au bien, la fidélité aux devoirs domestiques. Il n’y a quele serviteur et la servante que l’on oublie ; ils prendront bientôtleur revanche dans nos comices agricoles ! Ces prix de vertu, ainsiqu’on le voit, sont précisément ceux qui deviendront l’objet desrécompenses que l’Académie-Française décernera solennellement chaqueannée, au nom du philanthrope Monthyon. Il n’a pas inventé la vertu, comme le disaitune brave portière, même sous la forme des honneurs et des prix à luiaccorder.

Une autre conception charitable, plus ancienne et ayant, elle aussi,une évidente parenté avec le couronnement des Rosières, consistait dansla dotation de filles vertueuses et pauvres, pour les aider à semarier. On en trouverait de nombreuses traces, quelques-unes remontantà une haute antiquité, non seulement en France, mais à l’étranger, chezles protestants comme chez les catholiques. Le paganisme n’avait rienconnu de tel. Il avait eu des fondations pour la nourriture et lesoulagement des enfants abandonnés ; mais la femme, apportant à l’hommeune dot, un avoir propre et personnel, devenant ainsi jusqu’à certainpoint son égale en même temps que sa co-intéressée dansl’administration du ménage, plus libre de son choix, affranchie de laservitude de la misère, c’est une pensée, un sentiment éminemmentchrétiens.

Je cite en courant quelques exemples :

Par une fondation du 14 février 1588, Louis de Gonzague, duc deNivernais, prince de Mantoue, et Henriette de Clèves, son épouse,avaient fondé à perpétuité dans leurs terres et seigneuries, quicomposaient environ 300 paroisses, le mariage annuel de 60 pauvresfilles qui recevaient chacune 50 livres. Leurs maris devaient en outrejouir de certains avantages pour l’obtention des états, s’ils s’entrouvaient capables, de notaires, sergents, geôliers, concierges,gardes des bois et messagers. Une bulle de Sixte-Quint, du 10 novembresuivant, avait confirmé cette fondation. Les futures étaient choisiespar des électeurs, gens de bien, qui juraient « sur leur part deparadis, » de ne désigner que celles qui seraient véritablementvertueuses et pauvres. La princesse Palatine, fille des fondateurs,suivit leur exemple. C’est un trait relevé par Bossuet dans l’Oraisonfunèbre de cette princesse : « Le duc, son père, avait fondé dans sesterres de quoi marier tous les ans 60 filles ; riche oblation, présentagréable ! La princesse, sa fille, en mariait aussi tous les ans cequ’elle pouvait, ne croyant pas assez honorer les libéralités de sesancêtres, si elle ne les imitait. » (19).

La rigidité protestante n’avait pas connu les fêtes des Rosières (20) ;mais à toute époque et dès 1572, on voit des fondations faites pour lemariage des jeunes filles pauvres de la communion protestante (21).

Plus près de nous, à Saint-Denis-de-Méré (Calvados), nous auronsoccasion tout à l’heure de signaler une donation du même genre.

Enfin, à la naissance du duc de Bourgogne, 13 septembre 1751, deslibéralités royales avaient eu le même objet (22).

Ce qui paraît avoir dominé dans les fondations en Basse-Normandie,c’est le double caractère de récompense à la vertu, sous quelque formeet quelqu’âge qu’elle se soit manifestée, et de dotation de filleshonnêtes et pauvres. La poësie, vous n’en serez pas surpris, semble ycéder le pas au sens pratique, au côté utilitaire des choses. Le nompopulaire de Rosières resta l’ornement et comme l’enseigne de toutesces fêtes.

Nous connaissons, – peut-être en connaissez-vous d’autres – enBasse-Normandie, celles de Canon, de Briquebec, deSaint-Sauveur-le-Vicomte, de Passais, de Luc, de Saint-Denis-de-Méré,de Mortagne.

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Canon (jadis Canon aux Vignesou Canon les Bonnes-Gens),est une petite commune de l’arrondissement de Lisieux et du canton deMézidon. Le célèbre avocat Elie de Beaumont (23) y fît bâtir vers 1770,un beau château qui subsiste encore. Il était intendant des finances ducomte d’Artois, depuis Charles X, et lié avec les hommes les plusdistingués de la littérature et du barreau. La Harpe, les deuxLacretelle, Target, l’abbé Lemonnier (24), de Sèze, l’abbé de Boulogne,l’abbé de Vauxcelles (25), Delacroix, d’autres notabilités du temps(26) se réunissaient chez lui, pendant les beaux jours des vacances. Al’occasion de la grossesse de la comtesse d’Artois (qui, le 6 août1775, accoucha du duc d’Angoulême), M. et Mme de Beaumont, d’accordavec les Religieux de Sainte-Barbe-en-Auge, seigneurs de Mézidon, etavec Morin du Mesnil, père de Mme de Beaumont et seigneur duVieux-Fumé, voulurent fonder une Rosière à Canon.

Aux termes de l’acte de fondation du 10 février 1775 et du règlement,approuvés par lettres patentes et enregistrés au Parlement de Rouen,les trois communes de Canon, du Vieux-Fumé et de Mézidon concouraientpar vingt électeurs, au choix d’une Bonne Fille, d’une Bonne Mère, d’unBon Vieillard et d’un jeune homme Bon Chef de famille. Ainsi, on vitcouronner, en 1775, un vieillard de près de 80 ans, nommé PierreLemonnier, père de 6 enfants et de 23 petits-fils, digne chef d’unedigne famille ; en 1776, un jeune homme, Duret, qui, depuis l’âge de 15ans, s’était trouvé chef de sa famille et en était devenu le père.C’était trop de mérites et de vertus réunis, encore que l’on nedistribuât que deux prix chaque année. On avait, d’ailleurs, forcé etfaussé certaines notes, en voulant les rendre trop éclatantes. C’estainsi que la Bonne Mère devait avoir trois enfants vivants, n’avoirjamais porté d’ornements frivoles (c’est-à-dire, probablement, de cesbijoux normands, si recherchés aujourd’hui par nos dames), avoir «détourné son mari d’avoir des procès ! » Le comte d’Artois avait portéles deux cordons bleus dont on décorait les élus. Le vieillard étaitcouronné d’épis de blé, la mère de famille d’immortelles, la jeunefille de roses, le jeune chef d’épis et de glands. Le premiercouronnement eut lieu le 24 septembre 1775. Les abbés de Vauxcelles,Lemonnier et de Boulogne, depuis évêque, prêchèrent à ces fêtes quiattiraient une foule énorme. On y vint même d’Angleterre. Mme deBeaumont et Target, le célèbre avocat-académicien, y chantèrent descouplets. La peinture, la gravure, la poësie, les journaux y firentécho (27).

J’ai entendu un des derniers survivants de ces fêtes d’un autre âge,chanter d’une voix un peu chevrotante ce couplet improvisé par La Harpesur l’air : O ma tendre musette:

       Chantons tous cette fête ;
        C’est celle des bons cœurs.
        Au couple qui l’apprête
        Faites-en les honneurs.
        Aux lauriers qu’ils vous donnent
        Ils joignent leurs lauriers ;
        Et le bien qu’ils couronnent,
        Ils l’ont fait les premiers (28).

Mme de Beaumont mourut en janvier 1783, et avec elle disparurent cesfêtes (29).

Mais elles laissaient derrière elles une nombreuse postérité. Onprétend que 17 autres localités voulurent imiter Canon.

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Les Rosières en Basse-Normandie (1884)

Briquebec avait été une des premières.

Deux filles Le Tellier, âgées de 42 et 37 ans, s’étaient entièrementconsacrées aux soins de leur père, très-âgé et paralytique. Elles serelayaient, l’une pour le soigner à domicile, l’autre pour se mettre enservice, aux gages de 36 livres par an, qu’elle lui abandonnait. L’abbéLemonnier le sut. Les visiter, se concerter avec le curé de Briquebec,faire délibérer un magnifique certificat en faveur de Marie-Thérèse etd’Anne-Marguerite par tous les gens considérables de l’endroit, obtenirdes dignitaires de Canon un autre certificat attestant qu’ellesméritaient d’être couronnées Rosières, fut chose facile. Il obtint même300 livres et d’autres secours pour doter ses protégées. Il avaitcontribué lui-même au versement de cette somme. Le couronnement se fitdans l’église de Briquebec, le 29 septembre 1776. Mlle de Matignon, Mmede Ménilgrand, Mlle de la Ferté-Costard, tous noms haut placés dans lesrespects du pays, y présidaient. L’abbé prêcha. Son sermon, qu’il nousa conservé, est d’un sentiment et d’un tour également heureux. LesRosières, dames de paroisse pour un jour, firent remise des nombreusesamendes encourues pour délits dans les bois seigneuriaux : Joiegénérale ! Banquet de cent couverts au presbytère ; Mlle de laFerté-Costard se tenant derrière le Vieillard pour le servir.

Ça et là, détails intéressants et touchants : les couturières faisantles habits de gala des bonnes filles, moyennant 5 sous par jour etnourries ; leurs souliers « qui ne seront enrichis de clous que lelendemain de la fête » ; un brave curé refusant d’acheter une soutaneneuve « pour ne pas faire mourir de faim cinquante de ses pensionnaires», et répondant à ceux qui lui reprochent de favoriser le libertinage,en secourant une fille qui vient d’accoucher de deux enfants : « maisles deux enfants qui viennent de naître, ne sont pas libertins, eux ! »(30).

Quelques jours après, dîner offert par l’Abbé à la famille duVieillard, au clergé et aux officiers de la maîtrise.

Voici son récit. Cette pastorale normande, vivement esquissée, nemanque point de charme :

« Le pré voisin de la maison du Vieillard nous a servi de salle àmanger. Point de tables. Les nappes étendues sur l’herbe. Lepatriarche, sa fille et un vieux cousin, au bout de l’enceinte dans unfauteuil et sur des chaises. Le reste de l’assemblée, composée detrente-six personnes, sur des paquets de fougère. Depuis quatre ou cinqans jusqu’à quatre-vingt onze ans, des convives de tous les âges. Pasune haleine de vent. Le plus beau soleil. La nature aussi riante queles convives. De larges cruches de cidre à rafraîchir dans le ruisseau.Le majordome à genoux pour couper les viandes. Un énorme poisson portéà la ronde. Chacun prend. Les assiettes sur les genoux. Le vieillard etsa fille, centre de tous les regards. Leur gloire rejaillit sur toutela famille ; leur bonheur sur tous les étrangers. Des étrangers ! iln’y en a point. Tous sont frères… L’appétit du vieillard augmente lenôtre. Sa gaieté se communique à toute l’assemblée !

« Sur la fin du repas, une mère donne le signal aux jeunes filles, etles voilà parties. Comme autant de biches, elles sautent les fossés,franchissent les haies des jardins, ne tardent pas à nous rapporter desfruits. Les tabliers en étaient pleins, l’herbe et les nappes en sontcouvertes. La mère offre des galettes faites à notre insu. Notresurprise fait grand plaisir à celles qui sont dans la confidence. Commel’innocence rit de bon cœur et mange de bon appétit ! » (31).

Nous ne croyons pas que cette fête ait été renouvelée les annéessuivantes. Elle ne s’est survécu que dans le volume de l’abbé Lemonnier(32).

Vendu au profit des deux bonnes filles, il leur rapporta 1,500 livres,soit pour chacune d’elles une rente viagère de 75 livres. C’était doncune bonne action, plutôt encore qu’un bon ouvrage.

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En 1777, ce fut le tour de Saint-Sauveur-le-Vicomte, le pays natal del’abbé Lemonnier. Marie-Anne Duval avait 50 ans. Elle avait soignépendant sept ans, avec une tendresse admirable, sa mère infirme etgrabataire. Elle ne croyait pas avoir mérité la moindre récompense nila moindre louange. Elle ne demandait que de l’ouvrage. « – Qu’est-ceque c’est que votre ouvrage ? lui disait-on. – C’est mon rouet quevoilà. J’ai encore de la filasse pour quinze jours. Quand elle serafinie, je ne saurai plus où en prendre et je mourrai de faim.Entretenez-moi d’ouvrage. – Et combien gagnez-vous par jour ? – Troissous. – Je vous entretiendrai d’ouvrage et vous paierai mieux. Mais,dites-moi, comment faisiez-vous pour nourrir votre mère avec trois souspar jour ? – C’est  ce qu’il fallait pour lui acheter du lait. –Mais vous ? – Ma sœur m’aidait. Elle me donnait 17 livres pour payer lachambre et puis 8 livres pour avoir du blé. – Combien gagne votre sœurdans sa condition ? – 40 livres. – Elle vous en donnait 25 ; ellemérite bien quelque chose aussi votre sœur. » (33).

Anne Duval fut couronnée le 15 septembre. Les dames de Sainte-Suzanneet d’Hautefeuille, la noblesse, le clergé, la magistrature, tous leshonnêtes gens du pays, la Rosière de Briquebec, venue tout exprès, luifirent cortége. Nouveau discours de l’Abbé et nouvelle publication.

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En 1786, couronnement de la Rosière de Passais-la-Conception, auxportes de Domfront, mais dans le diocèse du Mans. Là encore, ce futl’infatigable abbé Lemonnier qui se fit le promoteur des générosités etdes fêtes qui récompensèrent la vertu de Jeanne Closier, mais il n’yeut point de fondation et elles ne se renouvelèrent point.

Jeanne Closier, âgée de 28 ans, née et demeurant à Passais, gardaitdepuis 14 ans, avec une tendresse et un dévouement infatigables, samère vieille et infirme. Plutôt que de la laisser entrer à l’hôpital,elle prenait sur sa maigre pitance pour grossir celle de sa mère «affligée, comme le porte le certificat des habitants, d’une maladiecruelle et d’un appétit extraordinaire. » Dans les rigueurs cruelles del’hiver, elle se dépouillait de ses habits pour ajouter quelque choseaux chiffons dont s’enveloppait la pauvre vieille et n’avait elle-mêmepour couverture que des genêts. Elle avait refusé un mariageavantageux, dans la crainte que son mari ne méprisât sa mère. Aveccela, laborieuse, propre, résignée. L’abbé Lemonnier fit délibérer uncertificat en sa faveur par tous les habitants de la paroisse. Il lecommuniqua à ceux de Salenci qui déclarèrent « qu’il ne manquait àJeanne Closier aucune des qualités requises pour être couronnée Rosièreet que si elle était née à Salenci, ils se feraient un vrai plaisir delui déférer cet honneur. » La paroisse avait pour seigneur le ducd’Orléans. Ses trois jeunes enfants, le duc de Chartres (depuisLouis-Philippe), le duc de Montpensier et Mademoiselle (depuis MadameAdélaïde), encouragés sans doute par leur Gouverneur,– c’est le titre que prenait leur Gouvernante, Mme de Genlis, – ladotèrent. Leur père la chargea de distribuer 600 livres aux plusnécessiteux de la paroisse. Le couronnement se fit en grande pompe. «Deux jeunes demoiselles présentèrent à Jeanne Closier et attachèrent lebouquet de roses. Elle fut reçue à la porte de l’église par le clergéen chapes ; croix, bannières, encens, eau bénite ; elle y futfélicitée. La paroisse sous les armes, la maréchaussée le sabre nud,faisaient son escorte. Elle et le représentant des Princes furentplacés au milieu du chœur sur un tapis ; fauteuils et prie-Dieu (34).Avant l’Evangile, la couronne fut bénite et placée sur la tête de labonne fille. Après l’Evangile, le prône, les prières nominales pourJeanne Closier, comme dame et patronne de la paroisse, » détail qui neparaîtra pas à tous du meilleur goût. La pauvre fille, faisons-luil’honneur de le supposer, devait être bien embarrassée dans son rôle degrande dame de paroisse. L’abbé Lemonnier, naturellement, prêcha. Deuxjours après, Jeanne épousait François Sallé, son ancien prétendant. Lavieille mère, en mourant pendant l’instruction de l’affaire, avaitrendu à sa fille la liberté de son cœur et de sa main. C’est l’abbéLemonnier qui célébra le mariage. Messire François-Charles-Luc Achardde Bonvouloir, représentant de nouveau les princes d’Orléans, étaitl’un des témoins. Il figure encore comme l’un des parrains du premierenfant des époux Sallé (35).

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Encouragés sans doute par ces exemples, les officiers municipaux deMortagne arrêtèrent, le 7 juillet 1788 « de décerner à leurs frais unecouronne de roses à Renée-Françoise-Claire Louis, sur le témoignage quileur avait été rendu de sa bonne conduite, sagesse, vie exemplaire etpiété filiale et sur le certificat de M. Lemonnier, curé de Notre-Dame,sa paroisse, et députèrent l’un d’eux pour la lui présenter, luiremettre une pièce d’Espagne (probablement le quadruple) pour être sapièce de mariage ; la ville avait dessein de faire frapper une pièce aucoin de ses armes, mais le mariage s’est fait bien plus tôt qu’elle nel’espérait ; ainsi que leur Arrêté, qu’ils ont fait eux-mêmes encadrer,après l’avoir signé et fait apposer le sceau des armes de la ville. »

Le lendemain, jour du mariage, le Député, précédé des gardes de laville, qui portaient dans une corbeille la couronne, la pièce demariage et l’Arrêté, se rendit chez la fiancée et lui fit soncompliment et son cadeau. Il la conduisit par la main à l’église etl’en ramena entourée d’un nombreux cortège, avec tambours et violons(36).

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Luc, près Caen, eut aussi sa Rosière ; il en avait même deux. Ondonnait à celle de l’année la couronne et la médaille ; à celle del’année précédente, 120 livres. Le couronnement se faisait le jour dela Saint-Médard. Il eut lieu en 1787 et 1788 ; peut-être aussi avant etaprès cette époque : nous ne savons (37).

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A Saint-Denis-de-Méré, nous trouvons une dotation en faveur de deuxpauvres filles, « orphelines ou mendiannes, » de la paroisse, faite en1607 par le seigneur de Méré. Par une clause digne de remarque, cen’est pas le seigneur, mais sa femme qui devra les choisir ou désignerles douze pauvres que la dotation servira à vêtir, si elle n’est pasemployée sous forme de dot de mariage (38). La libéralité du seigneurde Méré reçoit encore cette dernière destination, et c’est toujours unede ses descendantes, qui est chargée d’en faire la répartition.

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Pour compléter notre revue historique et littéraire des RosièresNormandes, disons qu’on joua aux Variétés, le 26 décembre 1811, la Rosière de Verneuil, comédiemêlée de couplets, par Rougemont et Brazier, deux vaudevillistes enrenom. La pièce, tirée des Contes àma Fille de l’honnête Bouilly, manquait de gaieté et n’obtintqu’un demi-succès (39).

Ceux qui seraient tentés – ainsi que nous l’avons été nous-même, – dechercher la Famille Trouillat ou laRosière d’Honfleur(40) quelques souvenirs des Rosières normandes ou du moins une esquissedes mœurs ou des paysages normands, seraient, comme nous, fort déçus.Cette petite pièce avait été composée pour Thérésa. Elle y jouait ouchantait le principal rôle. C’est une bouffonnerie plus délirante quedésopilante. La Normandie a peu de chose à y voir, encore quequelques-uns des personnages habitent les environs d’Honfleur ; lesRosières, rien du tout. Il se trouve, au dénouement, qu’une jeunefille, que l’on croyait sotte, a eu plus d’esprit à elle toute seuleque tous les autres personnages ensemble, et que sa vertu, quiparaissait fort compromise, triomphe sur toute la ligne. Voilà pourquoion la nomme la Rosière d’Honfleur.

Nous touchons ici à la charge, à la caricature, qui seraient un côtépresque aussi intéressant – et plus amusant – à traiter, que le côtésérieux de l’histoire des Rosières. De combien d’épigrammes en prose eten vers, en chanson et en vaudeville, en dessin et en gravure,n’ont-elles pas été criblées ces pauvres filles ? (41). Un Français, né malin,les avait ainsi définies : « Ce sont de jeunes vierges, que l’autoritétâche de consoler de leur malheur. » D’autres ont été plus cruels (42).

On rit de tout en France.

Dans notre contrée, pays de justice et de mœurs cependant, les Rosièresn’ont pas été plus épargnées qu’ailleurs. Argentan n’eut-il pas, le 18février 1869, une mascarade assez réussie, dont la Rosière était leprincipal sujet ?

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Encore un mot sur les anciennes Rosières.

Une des plus jolies pages qu’elles aient inspirées à la peinture (43),se trouve en Normandie, à Alençon même, chez M. de Lagarenne, anciensecrétaire général de la préfecture de l’Orne. C’est un tableaureprésentant le couronnement de la Rosière et signé P. A. Wille filius, 1776(44). Il ne peut être du fameux Jean-Georges Wille (45), qui nepeignait pas, mais se bornait à graver. Il est de son fils aîné,Pierre-Alexandre (46), comme l’indiquent les initiales des prénoms etle mot filius ajouté au nomde Wille. On y trouve la grâce, le sentiment, la délicatesse,l’ennoblissement du genre rustique qui caractérisent la manière deGreuze, son maître (47). Une quarantaine de personnage occupent lascène. Au milieu, le seigneur, vêtu de bleu, posant sur la tête de laRosière, debout et toute en blanc, une couronne de roses ; il en a uneseconde, vert et or, dans la main gauche. A sa droite, la châtelainetenant le ruban bleu, une jeune fille, dames et seigneurs ; à gauche,le père de la Rosière, courbé par l’âge et l’émotion ; la mère aveugle,tenant un long bâton, robe rouge et tablier à carreaux : deux desmeilleures figures du tableau ; paysans et paysannes, parmi lesquels ondistingue un grand garde-chasse, un petit tambour et un jeune hommeportant une bannière. Sur cette bannière blanche, liserée de bleu, onvoit Henri IV conduisant un jeune prince au Temple de la Gloire, aveccette légende Henrico monstranteviam ; autre inscription au-dessous :

           Sagesse et vertus ont ici
            Le même prixqu’à Salency (48).

Au bas du tableau, deux groupes d’enfants vêtus, les uns en jeunesseigneurs, les autres en petits paysans, mais séparés, comme les autrespersonnages, comme les fonds, comme les accessoires eux-mêmes, en deuxparties bien tranchées : image peut-être trop fidèle de la société dutemps, où les classes se rapprochaient, mais à distance et sans seconfondre ; des fleurs, des chiens, une boîte de médailles. Comme fond,derrière le groupe aristocratique, un bout de château ; derrière lespaysans, des cabanes ; derrière les personnages principaux, un grandchêne, et sous ce chêne un dais rougeâtre. Tout cet ensemble estsingulièrement amusant et varié. Il est un peu gâté à notre sens parune froide allégorie qui domine la scène : trois Génies dans unegloire, montrant les portraits de Henri IV et du jeune Louis XVI.

Malheureusement, ce joli tableau n’a point été peint en l’honneur desRosières normandes. Il fut commandé à l’artiste par l’abbé Roussel,chanoine d’Amiens, grand-oncle de M. de Lagarenne. Son portrait yfigure même sous les traits du curé. L’abbé Roussel était un amateurdistingué de peinture. Il devait être le fondateur, le bienfaiteur oule patron de quelque institution de Rosières en Picardie, mais dansquelle paroisse ? C’est ce qu’aucun document, aucune tradition ne nousrévèlent. J’ai cru cependant que l’histoire et la description de cetableau, conservé en Normandie, dans une famille normande, n’était pasétrangère à notre sujet (49).

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Nous ne connaissons qu’une œuvre musicale – et encore a-t-elle peud’importance – inspirée par les Rosières, en Basse-Normandie : nousvoulons parler de la Rosière Suisse,petit opéra comique joué à Caen, en mars 1834, et dont l’auteur, fortjeune encore, était Déjazet, frère de la célèbre actrice (50).

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La Révolution supprima les fêtes des Rosières, comme les autres fêtesde l’ancien régime, sans tenir compte du but moral ou populairequ’elles avaient pu se proposer : les souvenirs aristocratiques et lescérémonies religieuses qui s’y mêlaient, suffisaient pour les rendresuspectes.

Cependant, quelque chose des pompes et du cérémonial des Rosières seretrouve dans certaines fêtes républicaines. C’est ainsi que l’on voitle Comité de Salut public proposer et la Convention décréter que leretour de la liberté dans Evreux (après la défaite des Fédéralistes àVernon,) « sera célébré par une fête civique, dans laquelle six fillespauvres et vertueuses recevront une dot de la République et serontmariées à six jeunes républicains, choisis par une assemblée devieillards (51). » Est-ce un pastiche ? Non : Pastiche aussi,pourrait-on dire des fêtes de Salenci elles-mêmes, en lisant Télémaque.Les peuples comme les individus n’ont qu’un petit nombre de formes etde formules pour exprimer la variété extrême de leurs joies et même deleurs douleurs.

La Rosière républicaine ou la Fête de la Raison, opéra en unacte, paroles de ce Sylvain Maréchal, qui s’était ridiculement affublédu surnom de Berger Sylvain,musique de Grétry (52), ne parvint à être représentée sur le Théâtredes Arts qu’après toutes sortes de traverses. Il fallut à plusieursreprises en modifier le titre et même certains passages, pour donnersatisfaction aux scrupules du Comité de Salut public qui les trouvaittrop audacieux. Elle fut enfin jouée le sextidi, première décade denivôse de l’an deuxième (26 décembre 1793), et n’obtint qu’un médiocresuccès, en dépit de tous les efforts de son auteur qui s’était flatté,un peu présomptueusement, d’y porter le dernier coup au cultecatholique. Ce n’est guère qu’un tableau. Aucune intrigue. La RosièreAlison épouse Lysis, le fils du maire. Mais quand s’ouvre l’église pourle couronnement, c’est la statue de la Raison qui apparaît sur l’autel.Le curé apostasie, et tout le monde danse devant la statue (53).

Dans un sens bien différent, une romance sur la captivité de MadameRoyale (depuis duchesse d’Angoulême), lui prêtait ce singulier langage :

       Aux douces lois que la Nature impose,
        J’aurais borné ma gloire et mesplaisirs,
        A moins qu’un jour la couronne deroses (54)
        A dix-huit ans n’eût tenté mesdésirs (55).

Hommage saugrenu, qui nous rappelle cette tragédie publiée sous laRestauration, où l’on voyait le duc d’Angoulême immoler de sa propremain Robespierre dans un combat singulier, sur la place publique.

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Sous le premier Empire, Suresnes, Nanterre et d’autres communesvoisines de Paris reprirent la tradition, non encore oubliée, ducouronnement de leurs Rosières. Ce couronnement devint un élémentpresque indispensable des fêtes communales. Il se faisait et il se faittoujours avec une grande pompe, et il garde le privilége d’attirer unnombreux concours de spectateurs. Il a même, dans certaines localités,une octave plus bruyante et plus brillante encore que la fêteprincipale. Presque partout, c’est une dot modeste et un trousseau quel’on offre à une ou plusieurs jeunes filles méritantes et pauvres :ici, sous l’engagement de ne se marier que dans plusieurs mois ; là, etc’est l’usage le plus général, à condition de se marier le jour même ducouronnement : souvenir de quelques-unes des fondations dont nous vousavons esquissé le tableau. Nous ne pouvons entrer dans le détail desparticularités qui, dans chaque localité, caractérisent etdifférencient toutes ces fêtes. Les unes sont purement laïques. Laplupart ont gardé le cérémonial religieux. Des voies éloquentes, ouspirituelles s’y sont fait entendre. MM. Laboulaye, Jules Simon, Renan,About, y ont tour à tour pris la parole ; le premier, que sa mort siregrettable a déjà fait entrer dans l’histoire, avec cet incomparablemélange de finesse et de bon sens qui caractérise ses discourspopulaires.

Le Gouvernement impérial eut, lui aussi, ses Rosières officielles, maisil substitua les mariages aux couronnements.

Un décret du 13 prairial an XII (2 juin 1804) accorda pour chacune desmunicipalités de Paris, Lyon, Marseille et Bordeaux, et pour chaquearrondissement communal de l’Empire, une somme de 600 fr., destinée àla dotation d’une fille pauvre et de bonne conduite. La désignationdevait être faite, dans la ville chef-lieu de département par lePréfet, et dans les autres arrondissements, par le Sous-Préfet. Lesmariages seraient célébrés au jour fixé pour le couronnement del’Empereur. Le montant de ces dotations s’éleva à 277,800 fr. quifurent supportés par le Trésor public. C’était une somme, dans cetemps-là. On ne recommença pas les années suivantes. Mais, lors dumariage de l’Empereur avec Marie-Louise, parmi les actes debienfaisance qui fêtèrent ce grand évènement, il voulut que 6000militaires en retraite, ayant fait au moins une campagne, fussentmariés, le 22 avril, avec des filles de leurs communes, auxquelles ilserait accordé une dot de 1200 fr. pour Paris, et de 600 fr. dans lereste de l’Empire. Les militaires et les filles à marier étaientchoisis par les Conseils municipaux (56).

Les cérémonies furent brillantes et solennelles ; assistance desautorités civiles et militaires, volées de cloches, bruit del’artillerie, rien n’y manqua. Des gants, des bouquets, des cadeaux detoute sorte furent offerts aux mariés par les témoins, choisis parmiles notables de la commune ou les hauts fonctionnaires. Des voitures,fournies par les municipalités, conduisaient les mariés et les invitésaux banquets payés par le Gouvernement (57).

Dans l’intervalle, avaient été organisées par décret (58) la fête desaint Napoléon et celle de l’anniversaire du couronnement et de lavictoire d’Austerlitz. Cette seconde fête était célébrée le premierdimanche de décembre. Toutes les autorités militaires, civiles etjudiciaires devaient y assister. Il était prononcé, dans les églises etdans les temples, par les ministres du culte, un discours sur la gloiredes armées françaises et sur l’étendue du devoir imposé à chaquecitoyen de consacrer sa vie à son prince et à sa patrie. Un Te Deum d’action de grâces étaitchanté.

Quelques-uns des discours prononcés à cette occasion ont été conservés.Ils portent un cachet trop officiel. La plupart ne sont qu’unpanégyrique banal des conquêtes et du génie de l’Empereur, uneapothéose anticipée (59). On entendit, non sans quelque surprise, dansune des chaires d’Alençon, un prédicateur s’écrier : « Quel honneurpour Dieu qu’un si grand hommage soit rendu par un si puissant génie !(60) » Comme contraste, l’abbé Gautier, notre concitoyen, l’auteur,d’un talent plus humoristique que sacerdotal, de l’Histoire d’Alençon, de Jean le Noir et de l’Essai sur les mœurs champêtres,osa dire dans une de ces solennités, au grand scandale de quelques-unsde ses auditeurs : « Assez de victoires, Seigneur ! assez de victoires! nous en avons assez ! »

A Mortagne, en 1812, le 6 décembre, un bien fâcheux évènement attristala fête. Beaudoire, curé de la ville, où il était fort aimé, fut frappéd’apoplexie et mourut foudroyé dans la chaire, au moment où, aprèsavoir béni le mariage des époux, il venait d’y monter pour commencerson discours sur l’anniversaire du sacre et du couronnement. Ce futdans l’église une désolation et une panique effroyables, et dans laville une longue émotion (61).

Cette cérémonie fut l’occasion, sinon la cause, de la disgrâce deMonseigneur de Boischollet, évêque de Seès. Il était assez mal en cour,sans s’en douter. Des courtisans trop zélés l’avaient dénoncé commemêlé dans sa jeunesse aux guerres civiles de l’Ouest, et commeentretenant, avec Rome, depuis son épiscopat, des relations suspectes.Pour combler la mesure, il se trouva qu’il n’avait pas assisté aumariage des Rosières officielles, jugeant sans doute que sa dignitél’en dispensait, et qu’il avait permis que ce mariage fût célébré unjour autre que l’anniversaire du couronnement. L’Empereur, à sonpassage à Alençon (mai 1811), lui fit une scène terrible, le traita demisérable et sans vouloir entendre les explications du pauvrevieillard, le chasse de sa présence en lui disant : « vous n’êtes plusévêque ! » Mgr de Boischollet donna sa démission. Il ne se remit jamaisde cette scène, et mourut peu de temps après (62).

Pour rehausser l’éclat de la fête du couronnement, on eut l’idée dedemander aux communes qui avaient plus de 10,000 fr. de revenus, dedoter, elles aussi, une fille sage qui serait mariée avec un militaire.Dans certains départements, notamment dans la Mayenne, la mesure futprésentée comme répondant aux intentions formelles de l’Empereur etayant un caractère obligatoire. Quelques communes s’exécutèrent enconséquence. Dans le nôtre, le préfet Lamagdeleine y mit plus dediscrétion, et sans le prendre d’aussi haut, sans recourir à desarrêtés, obtint à peu près les mêmes résultats. Dans le Calvados, lepréfet Méchin imita son collègue de la Mayenne. Il écrivait au maire deCondé-sur-Noireau, le 18 novembre 1813, : « Au reçu de la présente,vous convoquerez le Conseil municipal, et il devra faire choixsur-le-champ d’une Rosière destinée à s’unir par le mariage à celui desmilitaires en retraite ou réformé, qui aura donné des preuves de valeurdans les combats et de bonne conduite dans ses foyers. » C’était unevéritable réquisition, et il fallait, bon gré mal gré, fournir lesvertus demandées (63).

Le couronnement ne se faisait pas régulièrement. Tantôt les villesn’avaient pas d’argent pour fournir  la dot et payer les frais dela fête ; tantôt on manquait, non pas sans doute de futures vertueuseset de bonne volonté, mais d’épouseurs, et les pauvres jeunes fillesqu’attendait une dot, de 300 fr. par exemple, en étaient réduites àcoiffer la redoutable sainte Catherine, au lieu de s’agenouiller devantl’excellent saint Médard.

A Laigle, en 1807, on n’avait pas trouvé tout d’abord de coupleréunissant les conditions exigées par le décret ; mais, en cherchantbien, on finit par en découvrir un qui se contenta des 300 fr. promis,et fut marié en grande pompe. Trois discours furent prononcés à cetteoccasion.

En 1809, nouveau mariage.

En 1810, le contingent du canton de Laigle dans la répartition des 6000rosières, dotées à l’occasion du mariage de l’Empereur, fut fixé à deuxpour la ville et une pour la campagne ; mais la ville n’en put trouverqu’une.

Ce fut bien pis à la cérémonie du couronnement de la même année. Audernier moment, la mariée au lieu de dire oui, dit non, et la fête dut se passer dumariage qui en faisait le plus bel ornement.

En 1811, 1812 et 1813, pas d’incidents particuliers à noter àl’occasion de cette fête. Les mariages furent célébrés avec la pompeordinaire (64).

A Vire, les Rosières recevaient de la ville 600 fr. A l’occasion dumariage de l’Empereur, il y en eut deux. Une autre fut brillammentcouronnée aux fêtes du baptême du roi de Rome. Les mariés étaientinvités à un grand dîner donné par la ville. Dans un de ces banquets –(c’était  en 1808), – une Rosière chanta ces couplets d’un poëtedu crû, Lallemand, connu des curieux par quelques jolies poésiesfrançaises et même latines :

       AIR : Femmes voulez-vous éprouver

    Tous ces honneurs, tous ces bienfaits,
    Je les dois à votre suffrage.
    Messieurs, je n’oublirai jamais
    Que mon bonheur fut votre ouvrage.
    Ma faible voix pour les chanter
    A besoin de votre indulgence.
    Daignez seulement écouter
    L’hymne de la reconnaissance.

    Que ce beau jour m’est glorieux !
    Quel heureux espoir il me donne !
    D’un héros protégé des cieux
    Je tiens ma dot et ma couronne.
    Que le bonheur de deux époux,
    Réponde à sa magnificence !
    J’aime à lui devoir comme à vous
    L’hymne de la reconnaissance (65).

Ce qui parait assez clair, c’est que dans ces allocations et ces fêtes,on songeait moins à rendre hommage à la sagesse et à couronner la vertudes jeunes filles, qu’à récompenser des services militaires. La Rosièrede l’Empire, c’est un Grenadier.

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En 1832, la ville de Paris voulut ajouter au programme des fêtes dejuillet, la dotation et le mariage de jeunes filles appartenant auxcitoyens qui s’étaient distingués dans les journées de Juillet et danscelles des 5 et 6 Juin. « Choisies parmi celles que leurs vertus etleur sage conduite rendaient personnellement dignes de cettedistinction, » elles étaient au nombre de 16, 12 pour la ville, 4 pourla banlieue. Conduite pompeuse à la mairie et à l’église ; banquetoffert par l’administration ; discours et toasts (66). Les annéessuivantes, même cérémonial.

Nous ne croyons pas qu’en Basse-Normandie de pareilles dotations aientété fondées dans nos villes, ni que dans nos campagnes aucune fête aitété célébrée depuis 50 ans, rappelant celles des anciennes Rosières.

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Ces fêtes, dont je vous ai trop longuement entretenu, sans en direassez, mes bien chers confrères, sont une page de l’histoire des mœurs,de celle de la littérature et des arts, et sous ce rapport, elles nesauraient être indifférentes à une société d’antiquaires.

Elles sont aussi une page de l’histoire de la charité. Elles ont été uneffort pour le relèvement des classes inférieures par la sympathie,l’honneur et la récompense ; pour la sauvegarde de ces jeunes fillesque leur âge, leurs avantages extérieurs, leurs qualités morales mêmeexposaient à plus de dangers ; une revanche de l’honnêteté publique surla corruption du XVIIIe siècle. Tout n’est pas à blâmer ni à raillerdans une pareille tentative. On aura beau répéter que la vertu n’aici-bas de couronne qu’elle-même – ipsa quidem virtus pretium sibi(67) – et qu’il est inutile de lui en offrir une autre, même de roses,le rôle de ceux qui veulent doubler sa couronne, ne vaut-il pas mieuxque tant d’efforts pour la lui arracher ? De même, les fadeurs ou lesraffinements qu’on reproche à la littérature vertueuse, ne vousapparaissent-ils pas comme une antithèse aux poisons de celle qui nel’est pas ? Sans doute, il est fâcheux que la vertu, parée et fardée,devienne quelque peu méconnaissable, comme ces honnêtes femmes qui, àforce d’exagérations et d’extravagances de toilette, finissent par neressembler plus à des femmes honnêtes. Plus de simplicité, plus demodestie dans la façon de louer et de récompenser nos Rosières, auraitmieux servi leur gloire que les hyperboles de leurs prôneurs et deleurs patrons. Mais en furent-elles moins honnêtes, et parmi cesprôneurs ou ces patrons, quelques-uns ne furent-ils pas, eux aussi,honnêtes et sincères ? C’est le grand point en toutes choses.


NOTES [En rouge les ajouts manuscrits du Baron de Moidrey]:
(1) André Chénier.
(2) Il existe en grand nombre de communes du nom de la Rosière,Rosières : (Haute-Saône, Aisne, Aube, Cher, Doubs, Haute-Loire, Loiret,Haute-Marne, Nord, Oise, Somme, Tarn, Vosges), sans compter celles quiassocient ce nom à un autre, comme Rosières-aux-Salines (Meurthe),etc., ou comme Saint-Cyr-la-Rosière dans notre propre département. Maisnous ne croyons pas qu’il y ait de rapport entre ces noms etl’institution des Rosières. Ils dérivent plutôt de l’abondance desroseaux en certaines localités, car  les Rosières (Roseriae. Rosaria), étaient desmarécages couverts de roseaux, comme l’établit positivement M. LéopoldDelisle. (Etudes sur la condition dela classe agricole et l’état de l’agriculture en Normandie au Moyen-Age,1851, p. 278 ; – Ducange. Glossaire. Il faut ajouter Fontenay-aux-Roses, paropposition. A Etoges, arrondissement d’Epernai, le revenu d’unpré de trois arpents qu’on appelait la Pré des Filles,était, dès avant 1557 car un acte de cette année lui donne déjà ce nom,affecté à la dotation d’une Rosière. Le fermier devait fournir tous lesans le ruban de soie bleu-céleste qui attachait la médaille de laRosière, et subvenir aux frais d’une collation que celle-ci offrait auxdouze compagnes qui l’assistaient. Cette collation, dont le menu étaitréglé par le bail, consistait en un pain blanc de 6 livres, un fromage,une salière, un pot d’eau et une pinte de vin. (Revue des Sociétés savantes desdépartements,2e série, t. V. 1861, p. 246. Ces prestations sont, à quelques légèresvariantes près, celles que nous voyons à Salenci offertes à la Rosière.Il semble même qu’il y ait entre les deux fondations une origine ou uneréglementation commune. Nous ne saurions, toutefois, affirmer que lecérémonial fût réglé par l’acte de 1557, ne le connaissant que par lamention qui en est faite dans une requête produite, en 1774, par leshabitants d’Etoges jaloux, comme ceux de Salenci, de défendre leursvieilles prérogatives contre les innovations de leur seigneur ; mais ilest indubitable que la fondation existait en 1557.
(3) Echo de l’Oise, 14 juin1854 ; – Abbé Auber, Histoire etThéorie du Symbolysme religieux, t, I er, p. 211.
(4) La Coutume de Normandie ne parle pas du Chapel de roses, mais il en estquestion dans celles du Maine (art. 238), d’Anjou, de Tours, etc.(Merlin, Répertoire, v°Chapeau ; – Michelet, Origines duDroit français, p. 23. – etc) Un fief, dans la commune deSévrai-Vigneral (Orne), portait le nom de Fief du Chapeau de roses. Chapeau de roses, dit la Coutumedu Maine, ou léger présent,ce qui semble bien indiquer qu’on ne l’offrait pas toujours en nature.
(5) Léopold Delisle. p. 492.
(6) Année 1766, t. IV, p. 217 ; t. VI, p. 114.
(7) Causeries du lundi, t.VI, p. 63.
(8) Salomon Gessner, né à Zurich en 1730, mort en 1788.
(9) Florian, né en 1755, mort en 1794. Galatée parut en 1783, Estelle en 1788.
(10) Mémoires, t. I, p. 275.
(11) Nombreuses éditions.
(12) Nombreuses éditions.
(13) Par M. D. L. D. E. M. D. A. D. P. E. L. R. Paris, MérigotM,D.CC.LXX, in-8° de 53 p. En tête, se trouve une vive critique de lapièce de Favart.
(14) Paris, M D.CC.LXXXIII, in-8° de 16 p.
(15) Il y eut de rares et timides protestations. Dans sa Correspondance littéraire(t. V. p. 478, et VI, p. 417, édit. de 1813), Grimm s’élève contre laFête de la Rosière, l’engoûment dont elle est objet, les écrits et lesgravures composés en son honneur, et particulièrement contre la piècede Favart qu’il juge beaucoup trop sévèrement. La Harpe, après avoirpayé son tribut à cet engoûment, l’a fort critiqué. (Cours de Littérature, t. VIII).
(16) Vieilh de Boisjolin (Jacques-François-Marie), né à Alençon en1763, mort à Auteuil, en 1832 ; auteur d’une traduction de la Forêt de Windsor de Pope, etd’autres poësies estimables.
(17) Mémoires et Arrêt souvent réimprimés. V. notamment Histoirede la Rosière de Salenci, ou Recueil de pièces tant en prose qu’en verssur la Rosière, dont quelques-unes n’ont point encore paru :Paris et Noyon, MDCC.LXXVII, in-8° de VI et 139 p. On y trouve,indépendamment des Mémoires et de l’Arrêt, Epitre à Monsieur Sauvel, prieur curé deSalenci ; – Discours prononcé à la fête de la Rose, par M. Lecuy, docteur de Sorbonne,le 8 juin 1776 ; – Relationou détail historique de la concession d’une portion du corps de SaintMédard, faite par Monseigneur l’Evêque et le Chapitre de Dijon, à laparoisse de Salenci, et de la translation de cette Sainte Relique dansl’église dudit Salenci, par M. Roger, chanoine de l’églisecathédrale de Noyon ; – Requêtedes filles de Salenci à la Reine, au sujet de la contestation qui s’estélevée entre le seigneur et les habitants de cette paroisse,relativement à la Fête de la Rose, par Blin de Sainmore ; –diverses  poésies. V. encore les Causescélèbres et le Répertoiregénéral des causes célèbres anciennes et modernes,par B. Saint-Edme, t. III. Il existe un petit poëme en vers de dixsyllabes, en l’honneur de Danré, « … Seigneur aimable », qui « Dudernier choix est le juge équitable. » La Fête de la Rose, Paris, Merlin,M.DCC.LVIII, in-12 de VI et 14 p. fig. Il y a une autre édition, 1774,in-12.
(18) Nous donnons à l’appendice quelques indications sur ce point, sansavoir la prétention de dresser un catalogue.
Le journal l’Intermédiaire desChercheurs et Curieuxavait, en 1880, cherché à réunir les éléments d’une bibliographie desRosières, mais son appel ne fut point entendu et il ne publia qu’untrès-petit nombre d’indications sur ce sujet.
(19) V. les titres dans l’ouvrage de Sauvigny, p. 273.
(20) La description du couronnement des Rosières en Hollande, que donneLouis Napoléon dans son curieux roman Marieou les Hollandaises (3e édit., Paris, Bertrand, 1815, t. I, p.66 et 73), est toute de fantaisie et inspirée de souvenirs français.
(21) En 1572, Pierre Sébille, sieur de la Moisaudière, en Juvardeil,léguait 200 livres, pour marier deux filles pauvres de la religionprotestante. (Port, Dictionnaire deMaine-et-Loire, t. II, p. 688.)
(22) Le Roi voulut que les 400,000 livres de dépense auxquelles étaitévaluée la fête que devait donner la ville de Paris, fussent employéesà marier six cents filles, à qui l’on donnerait 500 livres chacune, unemédaille d’or et un louis pour le repas. En province, les intendantsdûrent également employer à marier des filles, l’argent qu’on auraitdépensé en réjouissances.
A Paris, tous les mariages eurent lieu le même jour, 9 novembre. Laville délivra aux curés de chaque paroisse du drap pour les habits desgarçons, et des étoffes rayées, soie, fil ou coton, pour les robes desfilles, le tout de différentes couleurs, afin d’éviter une sorted’uniforme qui aurait rendu les couples trop reconnaissables dans lesrues ; elle fournit aussi souliers, bas, chapeaux, gants, bouquets,chemises, garnitures, manchettes, façon des habits aux tailleurs etcouturières, carrosses, repas à 4 livres par tête et à 6 personnes parcouple ; menu : 2 entrées, rôti, tourte pour entremets, dessert, vin deliqueur et café. Bref, il ne revint, en argent, ces frais diversprélevés, à chaque mariée, que 369 livres. Les curés étaient chargés detous ces détails, y compris de l’ordonnance des repas. Quelques-unsmême y assistèrent avec leurs clercs, debout, servant les mariés etcoupant les viandes. Chacun d’eux, pour faire bien les choses, y mit unpeu du sien. « La somme de 300 livres revenant à chaque ménage, ne futpoint donnée au mari qui aurait pu les dissiper ; il fut réservé à laprudence des curés de l’employer en tout ou partie, soit en meubles,pour ceux qui n’en avaient point, soit en outils, marchandises, pourparties de maîtrises et à choses nécessaires et utiles pourl’établissement des mariés. » (Journal de l’avocat Barbier, édit.in-12, t. V, p. 104, 105, 118, 119.) Voir lanotice plus loin, intitulée : « Les Rosières de la Marquise dePompadour, et de la Ville de Dreux » (1751-1752) par V. E. Vauclin.(Dreux. imp. J. B. Achard, 1904) in-8° br. 15 pages. Mme dePompadour voulut imiter le roi. Elle écrivait à Mme de Lutzelbourg, le29 septembre 1751 : « Je marie les filles dans mes villages. J’en donnele divertissement au Roi. Ils viennent le lendemain manger et danserdans la cour du château ; les mariages que le Roi a ordonnés sontdignes de sa bonté, mais en province, ils feront encore plus de bien. »(Mme de Pompadour et la cour deLouis XV, par Campardon, 1867, p. 134.)
(23) Elie de Beaumont (Jean-Baptiste-Jacques), né à Carentan en 1732,mort à Paris en 1786. La faiblesse de son organe l’empêchait deplaider, mais ses Mémoires imprimés eurent en leur temps beaucoup desuccès. Un des défenseurs des Calas ; père du célèbre géologue. Safemme, née à Caen en 1729, a laissé les Lettres du marquis de Roselle etd’autres ouvrages.
(24) Lemonnier (Guillaume-Antoine), né en 1721, àSaint-Sauveur-le-Vicomte. Il fit de bonnes études au collége deCoutances et vînt à Paris, où il obtint une place au colléged’Harcourt. Il entra dans les Ordres. Humaniste distingué, littérateuraimable et facile, musicien consommé, directeur de la maîtrise de laSainte-Chapelle en 1747, pourvu plus tard de la cure de Montmartin, enBasse-Normandie, qu’il conserva jusqu’à la Révolution, détenu pourrefus de serment. Après la Terreur, bibliothécaire du Panthéon etmembre de l’Institut ; mort à Paris en 1797. Il avait été lié avec laplupart des littérateurs et des artistes de Paris en 1797. Il avait étélié avec la plupart des littérateurs et des artistes de son temps,notamment avec Diderot, Grétry, Raynal, Greuze, Elie de Beaumont,Cochin et Sophie Arnould. Indépendamment de ses publications sur lesRosières, il a laissé des traductions estimées de Térence et de Perse,des fables, dont quelques-unes sont fort jolies, et quelque pièce dethéâtre. (Biographie Michaud; – Quérard, France littéraire; – Théodore Lebreton, Biographienormande ; – Mulot, Noticesur Lemonnier, 1797, in-8°).
(25) Bourlet de Vauxcelles (Simon-Jacques), 1734-1802. Littérateuraimable, facile. On l’avait surnommé : « Le Chaulieu de la prose ». Sondiscours de 1776 fut publié à part (in-8°) et l’Année littéraire, 1776, t. V, p.188, en inséra de longs passages.
(26) Parmi les invités de Canon, figurait aussi sans doute J. Castaing,d’Alençon, poëte des plus médiocres, dont on a les Poësies et le Théâtreimprimés par lui-même et excessivement rares. Dans un recueil manuscritde ses vers, qui fait partie de ma bibliothèque, je trouve une Chanson pour la Fête des Bonnes-Gens,établie à Canon par M. et Mme Elie de Beaumont, en date du 10juillet 1777. En voici un couplet :
               Air : Travaillez, bon tonnelier.
            Tour à tourchacun a le sien,
            Bon vieillard,Bon chef de famille ;
            On n’a pasoublié le tien,
            Bonne mère, ettoi, Bonne fille ;
            A cettequadruple union,
            Qui ne s’écrieavec raison
        Que c’est à Canon qu’on voit tousles ans,
            Y couronnerles Bonnes-Gens ?
(27) Paul, élève de l’Académie de peinture, fit le portrait desBonnes-Gens qui avaient obtenu les couronnes ; Stouf. statuaire,sculpta un groupe de décor, HenriIV et Louis XVI ; Duvivier et Gatteaux gravèrent des médailles(ou peut-être des jetons),  devenues très-rares aujourd’hui. Dansle Cataloguedes différents objets de curiosité dans la science et les arts quicomposaient le cabinet de feu M. le marquis de Ménars (frère deMme de Pompadour), 1781, on voit figurer « 4 médailles frappées pour lafête des Bonnes-Gens, instituée en la seigneurie de Canon » (Madame de Pompadour et la Cour de Louis XV,par Campardon, p. 369.) En voici la description : La médaille du Bonvieillard, qui devait avoir 65 ans au moins, représentait la Déesse del’Agriculture, assise sur des gerbes et couvrant d’une couronne d’épisla tête d’un vieillard. Sur le revers, les noms et prénoms de celui quil’avait obtenue, avec l’exergue, imitation d’Horace : Dignum laude senem vetat mori.Celle de la Bonne fille, qui ne pouvait avoir moins de 18 ans, offraità l’obvers : La Vertu publique couronnant de roses l’innocence, et aurevers : Hic pietatis honos.Médaille du Bon chef de famille, âgé de 20 à 35 ans : Un jeune homme,soutenant d’une main une femme âgée et montrant, de l’autre, à un jeunegarçon, le manche d’une charrue, avec ces mots : Colligit amor.Médaille de la Bonne mère : Une femme allaitant son enfant et suivantdes yeux deux autres enfants placés près d’elle, avec cette exergue : maternum pertentant gaudia pectus.
(28) La Harpe revint sur ces idées, car dans son Cours de Littérature, (t. VIII, p.128, édit. de 1820, in-18), il critique avec amertume l’institution desRosières et des prix de vertu.
(29) On peut consulter sur les Rosières de Canon, l’Année littéraire, 1775, t. VIII,p. 3, et 1776, t. V, p. 188 ; – Le Mercurede France, juin 1775, décembre 1776, février 1778 ; – Lesrecueils (très rares) de Chansons chantées aux fêtes de Canon ; – l’Orpheline sans l’être, roman moral,par Levallois le jeune (de Lisieux), Rouen, Mari, 1812, in-12, p. 195 ;– Demiau  de Crouzilhac, Fêtedes Bonnes gens,Mémoire lu à la Société des Antiquaires de Normandie. Tirage à part,Caen, Domin, 1862, 32 p. in-8°. Ce travail, élégamment écrit, estsurtout biographique et descriptif. Il est exclusivement consacré auxRosières de Canon ; – Dr Pépin, autre Mémoire lu à la Société desAntiquaires de Normandie et publié dans le Moniteur du Calvados, 1884 ; – Magasin Pittoresque, 1877, p. 366; – De Caumont, StatistiqueMonumentale du Calvados. T. V. ; – Discoursprononcé à la Fêtes des Bonnes gens, instituée à l’occasion de lanaissance de Monseigneur le duc d’Angoulême, dans les paroisses deCanon, Mésidon, Vieux-Fumé, en Normandie (par l’abbé deVauxcelles) ; Paris, Cellot, VI et 28 p. in-8°, M. DCC. L. XXVI ; – Le  Droit, 21, 22 septembre1851. (Art, d’Amédée de Bast) ; – L’Histoirede Lisieux par Louis du Bois, t. II, p. 289 ; – L’Annuaire de Lisieux pour 1840 – etsurtout les Fêtes des Bonnes-Gens deCanon, et des Rosières de Briquebec et de Saint-Sauveur-le-Vicomte(par l’abbé Lemonnier). Il y a 2 éditions in-8°, fig., de ce dernierouvrage, n’offrant entre elles que très-peu de différences : lapremière, sous l’indication d’Avignon et Paris, M. DCC. LXXVII ; laseconde, sous celle de Paris, M. DCC. LXXVIII. La description de la Fête de Saint-Sauveur forme unSupplément, avec pagination à part. Une analyse de l’ouvrage, par M.Muller, a paru dans la Mosaïque,en 1875. Jepossède l’exemplaire sur lequel M. L. de la Sicotière a pris ses notes.2e édition. Paris 1778 avec le supplément et l’eau forte de Moreau lej. ouvrage rare et recherché, il me fut donné par Mr Et. Deville biblioà Lx.
(30) P. 53, 61, 63.
(31) P. 142, 143.
(32) La Notice sur les Rosières deBriquebec, par M. de Pontaumont, Cherbourg, Marcel Mouchel,MDCCCLI, in-8° de 15 p. (Extrait des Mémoiresde la Société académique de Cherbourg.)n’est qu’une nouvelle sentimentale, où l’auteur est censé retracer,d’après les confidences d’un témoin de 1780, non pas un couronnement deRosière, mais les amours et la mort d’une jeune fille de Briquebec, quiavait été Rosière. Détail singulier : cette Notice,qui fut traduite en Flamand et réimprimée en Belgique, après avoir eul’honneur d’être couronnée dans un concours, n’était que la traductiontextuelle d’une nouvelle de Washington-Irwing, The Pride of village (l’Orgueil duvillage). Edmond de Manne, qui relève cette particularité dans son Nouveau Dictionnaire des ouvrages anonymeset pseudonymes (1re et 2e édit.) d’après la Chronique dequinzaine du Journal de Liège(17 avril 1861), ajoute à tort que la nouvelle du romancier américainaurait une grande analogie avec l’ouvrage de l’abbé Lemonnier ; elle nelui a emprunté que l’introduction historique.
(33) Supplément à la Fête desRosières de Briquebec et Fête de la Rosière de Saint-Sauveur-le-Vicomte.Au profit de la Rosière de Saint-Sauveur-le-Vicomte. Paris, Prault etautres, MDCCLXXVIII, in-8° de 73 et 3 p.
(34) L’Abbé composa une Romance surla piété filiale ou Histoire édifiante de Jeanne Clozier,en vingt-deux couplets. Les villageois auxquels il la destinait, ne lachantèrent guère. C’était d’une naïveté trop savante et d’unesimplicité trop étudiée. En voici un couplet :
       Qui peindra la brillante fête
        Qu’ornaient Jeanne et la piété ?
        Quand la couronne est sur sa tête,
        Dans son cœur est l’humilité.
        Comme Dame on la préconise,
        Ce grand honneur la touche peu.
        La première place à l’Eglise
        Pour elle est la Table de Dieu.
L’abbé publia encore le récit de la cérémonie : Rosièrede Passais ou Piété filiale de Jeanne Closier, récompensée par L. A.SS, MM. les Ducs de Chartres, de Montpensier et Mademoiselle d’Orléans; Caen, Poisson, M. DCC. LXXXVII ; in-8° de 22 p.
(35) Françoise-Félicité, baptisée le 26 juin 1788. Parrains : messireCharles Achard, chevalier, seigneur de Bonvouloir et Loyauté, duPerthuis-Achard, du Désert, Condé-sur-Sarthe, du Féron, Vervaines etautres lieux, et François-Charles-Luc, seigneur de Bonvouloir, son filsaîné, élève de la marine royale. C’est encore un Achard de Bonvouloir(Charles), lieutenant colonel du régiment de Neustrie, qui est parraindu second enfant Sallé, Charles-Marie, né le 19 décembre 1790, auvillage de Macé. La marraine est dame Marie-Anne-Jeanne de Saint-Denis,épouse de Charles Achard de Bonvouloir. Un troisième enfant,Jeanne-Renée, naquit le 27 frimaire an IV. Sallé mourut le 14 ventôsean X ; Jeanne Closier le 10 mai 1817, à Passais, au lieu duPas-de-la-Vente, qu’elle habitait depuis plus de seize ans.(Renseignements dus à l’obligeance de M. Adigard, notre confrère).
(36) Affiches du Perche,1788, p. 220. Le mari se nommait Filliet et était chapelier à Alençon,où je l’ai connu dans mon enfance.
(37) Affiches ou Journal et Avisdivers de la Basse-Normandie, Caen, n° du 28 septembre 1788.
(38) Nous donnons à l’Appendice, II, le texte de l’acte de fondation,du 28 janvier 1607. Nous devons la communication de cette belle pièce àM. G. Le Hardy et à notre excellent confrère, M. Jules Tirard.
(39) Magasin encyclopédique,XVIIe année, t. I, p. 172.
(40) Opérette en trois actes par MM. Hector Crémieux et Ernest Blum,musique de Léon Vasseur, représentée pour la première fois, à Paris,sur le théâtre de la Renaissance, le 10 septembre 1874. Paris, Choudenset Tresse, 1874, in-12.
(41) V. à l’Appendice, III,quelques indications.
(42) Audace d’un autre genre et qui visait au sérieux, Mlle Auclercdemandait dans son journal, LaCitoyenne, que la condition de virginité cessât d’être exigéepour les Rosières. (Gil Blas,14 mars 1882).
(43) L’Iconographie des Rosières en général et particulièrement decelles de Salenci, mériterait bien d’être étudiée en détail. Le tempset l’espace nous manquent pour l’essayer. Disons seulement que letableau de Louis Dupré, Saint-Médardet la Rosière, obtint un grand succès à l’Exposition de 1837 (Magasin Pittoresque, 1881, p. 345)et que – dans un ordre bien différent – l’enseigne du Couronnement de la Rosière,aux beaux jours des enseignes artistiques, avait fait courir tout Parisà la rue Vivienne pour la contempler. (De la Quérière, Recherches sur les Enseignes des maisonsparticulières, 1852, in-8°). Elle ne figure pas, toutefois dansle Petit Dictionnaire critique etanecdotique des Enseignes de Paris, par un Batteur de pavé,(Balzac, croit-on) ; Paris, 1826, in-16.
(44) A la suite de la date, le n° 26. Largeur, 1m29 ; hauteur, 1m.
(45) Wille (Jean-Georges), né à Giessen, 1717, mort à Paris en 1808.
(46) Pierre-Alexandre Wille, sur lequel se taisent les biographes, neméritait pas cet oubli. Il est souvent question de lui dans les Mémoires et Journal de J. G. Wille,publiés par Georges Duplessis, 2 vol. in-8°. Il entra à l’atelier deGreuze en avril 1761 et fut reçu à l’Académie de peinture, le 25 juin1774. Cette même année, il vendait à Laborde son tableau la Fête du Village, moyennant3,000 livres, somme élevée pour le temps. Il n’est rien dit de son Couronnement de la Rosière dansles Mémoires imprimés, mais ces Mémoiresprésentent une lacune de janvier 1777 à juillet 1783, et il en étaitprobablement question dans les cahiers perdus. En août 1784,  ilfit un voyage à Amiens pour y voir le chanoine Roussel, chez qui ilpassa six semaines. Il y peignit le portrait du Chanoine, ceux du Maireet de divers autres personnes. Le Corps de ville lui offrit un dîner decérémonie. Plusieurs de ses compositions, notamment le Maréchal des Logis défendant une jeunefille contre deux brigands,ont été gravées soit par son père, soit par d’autres artistes. Il avaitépousé en 1775 Mlle Arau. Nous ne savons rien de ses dernières années.
(47) Greuze (Jean-Baptiste) était né à Tournus en 1726 et avait étécélèbre de bonne heure. Son atelier était très-suivi. Il était très-liéavec Wille père, auquel on doit la gravure de plusieurs de sesmeilleurs tableaux.
(48) Ces deux vers, le groupe de Louis XVI et Henri IV, et la légendequi l’accompagne, sont empruntés au récit de la fête de Canon enseptembre 1775. (Année littéraire,1775, t. VIII, p. 7.)
(49) Le tableau que nous décrivons, confisqué avec beaucoup d’autres àla Révolution, se retrouva dans un grenier de l’hôtel-de-villed’Amiens, après la tourmente, et fut rendu à la famille.
(50) Ami de la Vérité, 9mars 1834.
Il ne faut pas confondre ce Déjazet, frère, avec Ernest Déjazet, filsde l’actrice. Ce dernier était né en 1825. Il a, lui aussi, composé unopéra comique sur le sujet des Rosières, La Rosière de quarante ans, jouésur le théâtre de sa mère, en 1842.
(51) Journal des Débats et Décrets,séance du 17 juillet 1793.
(52) Paris Patris, an IV, in-12 de 23 p.
(53) Welschinger, le Théâtre de laRévolution, 1880, p. 271 ; Rousse, Grand Dictionnaire, v° Rosière.
(54) La couronne de la Rosière.
(55) Peltier, Paris pendant l’année1796, t. II, p. 318.
(56) Décret du 28 mars 1810, Tit. IV.
(57) Une des dernières Rosières mariées à cette occasion, Mme Pausser,est morte à Strasbourg, à 84 ans, peu de temps avant la guerre de 1870.
Décret du 25 mars 1810. (Bulletindes Lois, n° 277 ; – Gazette de France, fév. 1883 ; – Figaro,12 fév. 1883).
(58) 19 février 1806.
(59) Témoin celui prononcé dans la basilique métropolitaine de Paris,le 2 décembre 1810, par l’abbé Cottret. (Paris, Pillet, 1810, in-8° de2 et 23 p.).
Discours prononcé par M.Amanton, maire de la ville d’Auxonne, le 9 juin 1811, jour desréjouissances publiques à l’occasion de la naissance de S. M. le roi deRome, lors du mariage, avec un ancien militaire, d’une fille dotée surla caisse municipale de Dijon ; Dijon, Frantin, 1811, in-8° de14 p. Chardon de la Rochette fit l’éloge de cette pièce dans le Magasin Encyclopédique, XVIe année. T. V, p. 466.
(60) Rœderer, Œuvres complètes.T. III.
(61) Journal de l’Orne, 13décembre 1812.
(62) D’Haussonville, L’ÉgliseRomaine et le Premier Empire, T. IV, p. 174 ; – Rœderer, Œuvres complètes, T. III. p. 566 ;– Glaneur de l’Orne, 15avril 1877 ; – D’Orville, Rechercheshistoriques sur Séez, p. 239 ; – Abbé Marais et Beaudouin, Essai historique sur la cathédrale et lechapitre de Séez, 1878, p. 335.
(63) Communication due à l’obligeance de M. Tirard.
(64) Tous ces détails sont empruntés à un intéressant article publiédans le Glaneur de l’Orne,15 avril 1869, et dans lequel on reconnaît la main d’un de nosconfrères de la Société Historique,les plus instruits et les plus modestes. – Lettre particulière de M.Almagro, novembre 1884.
(65) Journal de Vire, 29janvier 1808. – Notes deSéguin fils, mss.
(66) Moniteur 27, 31 juillet1832, et années suivantes.
(67) Quintilien.


APPENDICE
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I

Acte de donation de la « Terre des Pauvres » à Meré,
du 28 janvier 1607.
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« A tous ceux qui ces lettres verront, Maître François de Nantrieule,Gardes des sceaux des obligations du baillage de Condé-s.-N., Salut.Sçavoir faisons que Pardevant Mes Jean Chemin et Vincent Lebas,tabellions ordinaires au dit condé, fut présent, noble Edmond Radulph,seigneur et patron de Meré, fils et unique héritier de feu noble hommeJacques Radulph , en son vivant seigneur et patron du dit lieu, et dedemoiselle Anne Sallet, dame de la Sallerie, décédée du mercrédydernier, ses père et mère, lequel par le consentement et advis deDemoiselle Judith Levahier, dame de Montguerie, sa femme et épouze, etde Louis et François, dits Raulph, escuiers, ses fils, mu de charitéchrétienne qu’il a en l’honneur de Dieu Tout Puissant, de Jésus-Christ,son fils, Notre Rédempteur, et du Benoist Saint Esprit, a donné etaumosné par les présentes, donne et aumosne a fin d’héritages pour luyet ses hoirs perpétuellement et irrévocablement, par donation entrevivants, aux pauvres filles, tant orphelines que mendiannes, ouextrêmement et notoirement nécessiteuses de la dite paroisse, et quiauront pris ou prendront à l’avenir leur naissance en ycelle ; lesdites pauvres filles stipulées et représentées par la dite demoisellede Meré, qui a pour elles fait fort, et en leur nom accepté et eu laprésente donation agréable, à ce duement autorisée par le dit seigneurson mary, c’est à savoir : la ferme et métairie du Val-Ozenne, situéeen la dite paroisse de Meré, audit village du Val-Ozenne et auxenvirons, qui consiste en neuf ou dix acres de terres labourables etprairies, qui est entendu tout ce qui est au dit seigneur de Meré et enpeut appartenir au droit de la vente qui lui en avoit été faitte pardeffunte demoiselle Suzanne Blanchard, par contrat passé devant lestabellions du dit Condé le… jour de… mil… y recours. Et laquelle terreThomas Dumont tient à présent à fermages du dit seigneur, au prix de 33livres par chacun an, y celle terre tenüe en foy et homage de la diteseigneurie de Meré, oxempte de toutes rentes, faisances et redevances,dont le dit seigneur de Meré l’a déchargée et décharge par le présent,pour jouir par les dites pauvres filles, de la qualité susditte, de laditte ferme et métairie, à tel et si haut prix quelle pourra êtreaffermée, et en tant que celles qui vivront en leur fillaige,chastement et pudiquement, et non les putains impudiques, quidemeureront privées du fruit de la présente donation, n’entendantpourtant en priver leurs enfans, soit naturels oü légitimes, pourposséder et jouir du dit héritage propriétairement à l’avenir, sousclauses, conditions et noms qui en suivront. En premier lieu ques’offrira le mariage de l’une des filles de la qualité susditte, sondit mariage fait et parfait, luy sera délivré par les fermiers ouadjudicataires du d. héritage, deux années des fermages du dithéritage, d’an en an, pendant les dits deux ans, pour luy subvenir,aider à la marier et entretenir, son mari et enfants, ou en disposera àses nécessités comme elle entendra bien ; secondement, s’il y a deuxfilles de la dite condition mariées en un même an, oü en l’annéesuivante, elles jouiront deux ans alternativement du prix duditfermage, et la première mariée jouira de la première année, la dernièremariée de la dite seconde année, et ainsy suivamment jusqu’à quatreannées parfaites et accomplies dudit fermage ; tiercement, s’il setrouve quelques années auxquelles il n’y ait filles mariées, oü bienque leurs dites deux années soyent finies et élapsées sans que pourycelles il leur soit rien dub, les prix des dits fermages aux dittesannées franches seront employés par chacun an à revestir douze pauuresde la ditte paroisse, tant fils que filles, qui est entendü les douzeplus pauures et souffreteux de la ditte paroisse, auxquels pauures, ystipulés et représentés par la dite demoiselle de Meré, le dit seigneurdonateur a fait don et déleg des dites années franches pour êtreemployées à l’usage susdit ; et d’autant qu’il pourroit naitre desdifficultés en exécution de la présente donation, oü entre les dittesfilles oü pauures sus dits pour les disputes de leur préférence, oü deceüx et de celles qui voudroient y participer et ne seroient de laqualité requise dont se pourroient ensuivre des procèds qui seroientcontre l’intention du dit donateur, pour coupper pied à cela, le ditseigneur donateur veut et entend que l’ellection et nomination des ditspauures, fils et filles, demeurent perpétuellement aux demoisellesfemmes du dit seigneur donateur ; auxquels noms et ligne le ditprivilège demeure et non à autres qui pourront posséder la dite terre,s’ils ne sont descendants de la ligne ou de l’estoc du dit seigneurdonateur, lesquels seigneurs de Meré y pourront semblablement nommer enl’absence ou par décèds de leurs femmes, et en cas où les dittes femmesse remarient ou abandonnent leurs enfants, elles seront privées du ditprivilège de nomination, n’entendant ledit seigneur donnateur que lesserviteurs et servantes faisant service actuel aux dits seigneurs etdemoiselles de Meré et demeurant au Logis soient présentés et nomméspour jouir du fruit de la présente donnation, sinon qu’il y eust plusd’un an quand leur mariage s’offrira, qu’ils fussent hors du service,qu’ils eussent été actuellement payés de leurs payements et salaire,d’autant que la présente donation de sa nature est pure et simple, etnon en rémunération de services ; pour la considération desquels ceuxqui auroient servy en la ditte maison n’auront aucune préférance, ainsyn’y pourroient êstre nommés si elles ne sont de la même qualitéd’orphélines, mendiannes et souffreteuses, auquel cas elles ne serontde pire condition que les autres dont l’âme et la conscience des dittesDemoiselles de Méré demeurent chargées, afin qu’il ne soit commis aucunabus ;

« Commencera dès cet an présent l’effet de la ditte donnation et serontles deniers provenant de la ditte terre employés à l’âme et consciencede la ditte Demoiselle, femme du dit seigneur donnateur aux usages susdits dès l’an présent, et par continuation autant de temps qu’il plairaà Dieu donner des jours en ce monde à la ditte Demoiselle, et après sondécèds par les autres demoiselles femmes du dit Seigneur de Meré, commeil a été dit cy-dessus. Lesquelles feront élection des dits fils etfilles, l’occasion s’offrant, sans qu’il soit permis au donnateur decontrevenir à ce qui sera ordonné pour l’exécution de la présentedonation ; le décès de la ditte Demoiselle femme du dit Seigneurdonateur avenant auparavant le mariage de ses dits fils oü l’un d’eux,les Demoiselles filles du dit donateur, mariées à noble hommeMarguerin-Alphilbert dit Poret, Seigneur de Berjou et de l’Aumondière,et à noble homme Maistre Jacques Le Hardy, Seigneur de la Pellonnière,conseiller et advocat du Roy au siège de Vire, fairont la dittenomination par l’advis et le conseil de Maistre Gervais de Prépetit,escuier, seigneur de la Bataille, lieutenant-général de Monsieur leBailly de Condé, et en son absence par l’advis et conseil de MaistreEdmond Signard, escuier, lieutenant au siège de Tinchebray, devant levicomte de Mortain, tous deux neveux du dit Seigneur donnateur, le touten attendant le mariage des dits fils, que lors les Demoiselles leursfemmes fairont la ditte nomination, à laquelle donnation il n’entendnullement que les riches et aisés de la ditte paroisse participent, nycelles auxquelles oü à leur père et mère Dieu a donné des moyens, soiten héritages, trafic, oü marchandises suffisantes pour pourvoir leursdittes filles : mais seulement participeront les dites pauvres fillesmandiannes et entièrement et notoirement souffreteuses etnécessiteuses, et les pauvres filles de la qualité sus ditte dontl’ellection et nomination demeure comme dit est aux dittes Demoisellesde Meré, privativement à toute autre et sans y dénommer leurs ditsserviteurs et servantes leur faisant actuel service ; l’héritage susditsera banny et proclamé pour telle année qu’il sera advisé à l’issüe dela messe paroissiale du dit Meré, par le curé dudit lieu oü son vicaireet par luy adjugé a personne solvable, lesquels deniers seront payésaux dittes filles ou leurs marys comme il est dit cy dessus, oüautrement aux dittes années franches garnies entre les mains de ceux àqui les dittes Demoiselles ordonneront pour estre employés aurevestissement de douze pauvres. Seront tenus les adjudicatairesménagers des dits héritages pendant le temps de leurs baux comme bonspères de famille en mettant chacun an en labour l’équivalent de ce quela ditte métairie et héritage sus mentionnée en peut porter, endélaissant à la fin de leurs baux autant de terre mouvées oü pré et enétaux comme le bail en peut porter commune année, en quoi ils seronttenus procéder de bonne foy, ce à peine de tous dépens dommages etintérest, afin que le labourage de la ditte terre puisse estre continuéperpétuellement, et si les dits Seigneurs de Meré oü leurs susdittesDemoiselles trouvoient que les susdits héritages ne fussent mis à prixraisonnable par quelque faveur, crainte ou connivence, ils pourront euxmesme y establir des régisseurs oü yceux bailler à ferme a plus hautprix qu’ils pourront pour estre les dits deniers employés sans fraudeen l’usage que dessus. Le dit Seigneur de Meré charge l’âme et laconscience de ses successeurs et des dittes Demoiselles leurs femmespour tenir la main à l’exécution de la présente, et sans y commettre oupermettre qu’il y soit commis aucune fraude ny contravention commeayant été la présente donation faitte pour tenir perpétuellement etirrévocablement en l’honneur de Dieu Seul, et en reconnaissance desgrâces et bénédictions particulières qu’il a données et départies audit Seigneur donnateur, dont luy pauvre pécheur misérable se reconnoistindigne, implorant sur ce l’assistance des curés oü vicaires de laditte paroisse à ce qu’il leur plaise aux prosnes de leurs messesexhorter et advertir les filles ainsy mariées et pauvres revêtus etleurs enfans et successeurs de prier Dieu pour les ames des ditsSeigneurs de Meré, la ditte Demoiselle Levahier, sa femme, DemoiselleAnne Velout sa première femme et mère dudit Louis, Seigneur deBeaumont, et pour les âmes des dits Seigneurs et Demoiselles de Méré,père et mère du dit Seigneur donnateur, tous leurs prédécesseurs,successeurs, parents et alliés, afin que par leurs bonnes prières etl’intercession de la Glorieuse Vierge Marie, de Notre BenoistRedempteur, et de tous les benoists Saints et Saintes du Paradis, lesdites âmes soyent colloquées au Royaume des Cieux pour y jouir à jamaisde la béatitude Céleste et éternelle. Et pour l’insinuation de laprésente donnation en tous lieux et juridictions et par-devant tousjuges oü bon sera, et la ditte Demoiselle et le dit Seigneur donnateurcomme acceptans la ditte donnation ont passé procuration audit dePrépetit, Seigneur de la Bataille, dont ils furent contents, devant lesdits tabellions etc. Fait et passé au manoir Seigneurial de Meré, le28e jour de janvier l’an 1607, présence Maistre Dujardin, prestre, curéde Meré et Jean Auvray, Seigneur de la Chaise, témoins qui ont signé auregistre avec les dittes parties et tabellions, etc. »

Impriméd’après une copie faite elle-même sur d’autres copies, où quelquesincorrections avaient pu se glisser
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« Pétition adressée par Madame Le Doulcet de Meré au Préfet duCalvados, le 19 vendémiaire an XII, afin d’être maintenue dans le droitqui lui était réservé par le donateur de distribuer de son chef le produit de la dite ferme; d’être autorisée à faire compter depuis temps de droit les fermiersou détenteurs de la dite ferme, et même ceux qui en auraient reçu lesproduits pour être employés à la destination primitive.

« Réponse du Sous-Préfet de Falaise, qui déclare que la réclamante,descendant en ligne directe du côté de son mari ( ?) du citoyen leDoulcet de Meré, doit être envoyée en possession de son droit ; 5brumaire an XII.

« Réponse du Conseil de Préfecture à la pétition. Le Conseil demandeque la pétitionnaire produise la grosse du titre sur lequel elle fondesa réclamation ; 11 frimaire an XII.

« Autre délibération du Conseil de Préfecture, ordonnant que le ConseilMunicipal de Meré devra constater de quelle manière il en a été usé,avant et depuis la Révolution, pour la distribution de l’emploi desfonds provenant de la donation ; 10 germinal an XII.

« Délibération du Conseil Municipal de Meré, qui constate que Madame deMeré faisait habiller 12 pauvres par an, et qu’elle était toujours enretour au moins de la moitié, la ferme n’étant louée que 120 livres ;que, depuis la Révolution, Robert Lemaître et Edmond Pichard, maires,ont fait habiller les pauvres dela dite paroisse, comme on avaitordinaire de le faire ; qu’ils ont rendu leurs comptes et étaient mêmeen avance ; que pendant la gestion du citoyen Pierre Marie, ex agent,il en a été fort mal usé par ce dernier, puisqu’il a touché une sommede 600 francs, et qu’il n’a pu justifier que de l’emploi d’une somme de300 et quelques francs par des notes informes. Pourquoi le dit Conseilestime que ce revenu ne peut être mieux régi que par la famille LeDoulcet de Meré, qui fera rendre compte au citoyen Pierre Marie,puisque jusqu’à ce moment le bureau de bienfaisance n’a pas pu en venirà bout ; 7 floréal an XII.

«  Nouvelle délibération du dit Conseil de Préfecture, parlaquelle le Conseil a décidé que la ferme du Val Ozenne seraadministrée par le bureau de bienfaisance dans l’arrondissement duquelse trouve la commune de Meré ; que le produit de cette ferme seraemployé à revêtir chaque année 12 pauvres, dont le choix sera fait parles épouses des successeurs propriétaires de la dite terre de Meré, enjustifiant qu’ils sont de l’estoc et ligne d’Edmond Radulph, fondateur; 14 fructidor an XII.

« Lettre du Sous-Préfet s’en référant à son avis du 5 brumaire dernier; Falaise, 19 floréal an XII.
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« 25 avril 1809. – Lettre de Madame de Meré au Sous-Préfet de Falaise,pour se plaindre que l’Arrêté du Conseil de Préfecture n’ait pas étéenvoyé au bureau de bienfaisance de Harcourt (dont Méré dépend), etpour demander que cet Arrêté soit exécuté. »
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Cette demande fut accueillie, et depuis lors c’est une Dame de Meré quichoisit les pauvres de Meré et les fait habiller.
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II

Fêtes des Rosières, ou Fondations analogues.

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FRANCE

Batignoles (Seine). –(1)

Brézolles(Eure-et-Loir). – Le domaine de Brézolles était tenu d’une renteannuelle de 50 livres, pour le mariage d’une fille pauvre ; elle futpayée jusqu’en 1789 (2).

Château-Gontier(Mayenne). – M. Quinefaut, ancien vérificateur de l’enregistrement, partestament du 8 septembre 1875, lègue sa succession à sa ville natale, «à la charge de couronner une Rosière tous les ans, « pendant 60 annéesconsécutives, et de lui verser ou remettre 1000 fr. un an après lecouronnement qui aura lieu le 5 août ; si elle se marie dans le courantde l’année, elle recevra 2000 fr. » L’institution fonctionne encore (3).

Clairac(Lot-et-Garonne). – Couronne décernée, en 1859, non pas à une Rosière,mais à un Rosier, soldat dugénie en congé temporaire ; fondation due à une « personne notable dela commune » (4).

Saint-Denis (Seine). –Quelquefois deux, quelquefois trois Rosières. Couronnement en février.Mariage le même jour. Fondation de Billoy de Froncières (5).

Dourdan(Seine-et-Oise). – Fondation ancienne ; dot de 600 fr. Singulièredéconfiture ! Une Rosière se trouve grosse avant d’avoir touché sa dot; refus par l’administration de la lui verser. Procès (6).

Enghien(Seine-et-Oise). – Le marquis de la Coussaye, décédé à Enghien il y adix sept ans, avait constitué une dotation relativement considérable(1300 fr. environ), au profit d’une Rosière. Couronnement en juillet.Exposition de roses complétant la fête : spectacle de saison et thèmeinépuisable de rapprochements et de comparaisons entre les roses et lesRosières (7).

La Falaize (Hérault).– La Falaize est un château dans les environs de Béziers. Couronnementde Rosières fondé par le marquis de Tourny, vers 1779. La Rosièreportait un chapeau de paille, au lieu d’une coiffure de roses. 6,000étrangers assistèrent à la première fête (8).

Fontenai-sous-Bois(Seine). – Fondation par M. Brot, 1839. La Rosière doit se marier lejour même de son couronnement. La fête a lieu le 21 août.

Frotei (Haute-Saône).– L’académie de cette petite commune décerne de temps en temps un prixmodeste de 50 fr., à une Rosière (9).

Saint-Germain-des-Prés(Tarn). – Fondation d’une rente de 60 fr., au profit d’une fillehonnête et pauvre, par l’abbé Fons-Lacaussade, curé de cette paroisse,vers 1830 (10).

Granges-le-Roi(Seine-et-Oise). – Difficultés entre le curé et la municipalité ausujet du couronnement de la Rosière ; l’administration préfectoraledonnant raison au premier en se fondant sur la jurisprudence du Conseild’Etat qui reconnaissait le caractère religieux de cette cérémonie (11).

Grenoble (Isère). –Institution, en 1842, par M. Gernoud, un des anciens fondateurs du Constitutionnel, d’une Rosière «à qui sa beautéet sa vertu auront mérité les suffrages du Conseil municipal deGrenoble ; » native du département de l’Isère, ayant 16 ans au moins et21 au plus (12).

Saint-Jean-des-Vignes(Rhône). – Fondation de 300 fr. au profit d’une jeune fille ou d’unjeune homme, recommandables par leurs qualités morales, âgés de vingtet un ans au moins et choisis par le Conseil municipal et le Conseil depréfecture (13).

Lille. – Il a été faitune publication sur les Rosières de cette ville (14).

Le Mans (Sarthe). –Fondation antérieure à la Révolution et d’un caractère particulier. Unanonyme offrit au Bureau de Charité qui venait de se former en 1786, dedonner un habillement et une médaille d’argent à l’une des pauvresfilles de la ville, la plus sage et la plus habile à filer le coton.Sur un des côtés de la médaille devaient être gravés le nom et lesurnom de la couronnée, avec ces mots : Première Rosière du Mans en 1786,et sur l’autre côté, ceux-ci : Prixde Sagesse et de Travail.La Rosière fut en effet couronnée et des médailles furent distribuéesen grande pompe le 13 juillet 1786. Elle reçut un habillement completde toile de coton, une couronne de roses et une médaille d’argent.L’abbé Hureau prêcha sur la sainteté de l’institution (15).

Louville(Eure-et-Loir). – Fondation par le comte de Roure, vers 1778.

Lyon. – Lyon avaitfondé 33 dots, de 150 livres chacune, en faveur de filles pauvres. Laprésentation en était faite par les curés (16).

Meulan(Seine-et-Oise). – Une des localités où le cérémonial religieux a étésupprimé. Au mois de juillet 1877, une jeune couturière, VictorineVoisin, qui avait été couronnée Rosière le 13 mai précédent, se noyadans la Seine, à la suite de discussions avec son fiancé, occasionnéespar des lettres anonymes. On l’y accusait de mauvaises mœurs ; onprétendait même qu’elle était enceinte. L’autopsie de son cadavre lajustifia tardivement de ces indignes calomnies (17).

Montreuil (Seine). –Fête fondée en 1852, par M. Pesnon, cultivateur. La Rosière ne doit pasavoir plus de 27 ans ; elle reçoit 1200 fr. ; elle peut se marier lejour même de son couronnement ; elle doit le faire dans l’an et jour(18).

La Mothe-Saint-Hérai(Deux-Sèvres). – Fondation, en 1821, par M. Chalumeau, ancien avocat auparlement, de 4 Rosières recevant le même jour, la couronne de rosesblanches, une dot de 600 fr. et un mari. Leur nombre a été réduit àtrois (19).

Moui (Seine-et-Oise).– Mme de Bauchy avait fondé une rente perpétuelle de 300 fr., pour lecouronnement de Rosières. Les premières devaient être couronnées parses nièces, au nombre desquelles se trouvait Mlle Littré, fille del’illustre académicien. Le Conseil municipal voulu laïciser lacérémonie, Mmes Littré protestèrent dans une lettre très digne, contrecette méconnaissance des intentions bien connues de Mme de Bauchy, etrefusèrent de paraître à la cérémonie (20).

Nanterre (Seine). –Une des fêtes de Rosières les plus populaires. Célébration à la fin demai. La Rosière doit avoir de 17 à 22 ans. Les rubans verts ontremplacé les traditionnels rubans bleus dans le costume des compagnesde la Rosière. Difficultés entre le curé, qui réclamait le droit d’êtreconsulté sur le choix de la Rosière, puisque c’était à lui de lacouronner, et l’autorité civile, 1857. Eugénie Mérard, fille d’uneRosière, couronnée elle-même en cette qualité en 1856, et continuantainsi la glorieuse et touchante tradition de la famille. La Rosièred’antan servant parfois de marraine à celle de l’année (21).

Nantes. – Veut-onsavoir à quel degré l’engouement était monté pour ces sortes decérémonies ? Qu’on lise la Rosièred’Artois ou la Vertueuse Nantaise (22).

C’est moins une pièce de théâtre, qu’une idylle à la fois prétentieuseet niaise. En voici un échantillon :

ROSINE (LaRosière).

Ce tendre époux qui m’aime,
A su plaire à maman ; il est donc vertueux.
Aimé de son épouse, il le sera des dieux.

Plus curieuse que la pièce elle-même, une note en manière de préface oud’avant-propos nous fait connaître que Messieurs du Commerce de Nantes,pour consacrer le souvenir de la visite faite à leur ville par le comted’Artois, célébreront tous les ans une fête dont l’objet sera lecouronnement d’une Rosière, et que cette Rosière sera nommée par madameDrouin, épouse du colonel des deux compagnies de dragons et decuirassiers, à qui la garde du prince avait été confiée. Le princeétait arrivé le 23 mai, et repartit le 25 mai 1777. Rosière d’Artois veut donc dire laRosière instituée ou créée sous les auspices du comte d’Artois.

Neuilli (Côte-d’Or).

Orsai (Seine-et-Oise).– Le couronnement de la Rosière, en 1880, eut un triste lendemain pourle curé qui l’avait couronnée. Poursuivi pour avoir critiqué dans sonsermon les actes du Gouvernement, il fut condamné par le tribunal deVersailles, à 100 fr. d’amende (23).

Paris(Saint-Etienne-du-Mont). – Fondation de trois prix de vertu pour troisjeunes filles, par l’abbé Lacroix, 1857 (24).

Paris (paroisseSaint-Roch). – 6 dots, de 1,000 livres chacune, étaient distribuéeschaque année aux filles sages de cette paroisse (25).

Paris (paroisseSaint-Séverin). – Loterie établie, en 1744, par Jean Artan, au profitdes filles sages de la paroisse. Premier tirage en 1751 (26).

Paris(Vaugirard-Beaugrenelle) (27).

Plaisance-du-Gers(Gers). – Une fondation au profit de Rosières, en cette commune, avaitété faite par M. Olleris, ancien doyen de Faculté ; il la convertitbientôt en prix triennaux et alternatifs de 500 fr., à une fillevertueuse ; de 1,000 fr., à une bonne mère de famille (28).

Puteaux (Seine). – Lesépoux Cartault avaient laissé à cette commune une somme de 15,000 fr.,dont la rente devait être, chaque année, donnée en dot à la jeune filleréputée la plus sage du pays. Le testament est du 6 décembre 1870. Ladot devait être payée le jour du mariage, et le mariage être célébré,autant que possible, le 19 janvier, anniversaire de celui desdonateurs. Cette dernière condition n’a pu être observée. Le Conseilmunicipal crut devoir laïciser la cérémonie, et en exclure lesbénédictions et les pompes de l’Eglise. On les remplaça par desdiscours plus ou moins académiques, plus ou moins politiques. Lepremier, prononcé par M. Laboulaye, avait toutes les qualités de cetesprit délicat et charmant (29). Malheureusement, il n’a pas étéconservé en entier (30). L’année suivante, ce fut le tour de M. JulesSimon (31) ; puis celui de M. Frédéric Passy ; puis de M. About,toujours spirituel, mais qui blessa beaucoup de gens par l’acrimonie deses récriminations contre l’Eglise qui n’était pas en cause et à quirevenait le premier honneur d’avoir ouvert ces concours d’où l’onvoulait la bannir. Une protestante, Mlle Hummel, fut couronnée en 1876(32).

Rechicourt-le-Château(Meurthe). – Le curé voulut, avoir, lui aussi, dans sa paroisse uneinstitution de Rosières. Il la dota de mille écus placés au denier 25.Le 11 juin 1780, eut lieu la première fête. Le récit détaillé en futécrit par un curé du voisinage, Gauthier, curé d’Igney. L’œuvre secontinua jusqu’en 1790. Après la Révolution, le curé Gillot n’ayantplus de fonds pour doter les jeunes filles, voulut, du moins, que cellequi tiendrait la bannière dans les processions, fût désignée par lesuffrage de ses compagnes, qu’elle portât une médaille et une couronnede roses. On a conservé le cachet de la Rosière de Rechicourt : écusurmonté d’une couronne de comte et entouré d’une guirlande qui tombede la couronne ; au bas, une fleur de lys ; dans le champ de l’écu,bouquet de roses attaché par un nœud de ruban ; exergue : Fête de laRose à Rechicourt. (33).

Romainville (Seine). –La fondation des Rosières de cette localité remonte à 1774, et est dueau concert d’une vingtaine de particuliers. La Rosière était nommée parles autres jeunes filles et recevait 450 livres, à la condition de semarier dans les quatre mois qui suivaient le couronnement. Aujourd’hui,paraît-il, les jardiniers lui font l’honneur de donner son nom à l’unede leurs plus belles variétés de roses, gains de l’année (34).

Salenci (Oise). –(35).

Sauvigni (Meuse). –Les frères Farnier ont été les fondateurs de l’institution d’uneRosière dans cette commune, 1846-1850 ; ils l’ont entourée de beaucoupde précautions. « La Rosière sera prise dans toutes les familles,pourvu qu’elle soit bien sage, pieuse et bonne pour ses parents ;qu’elle fasse partie, s’il est possible, d’une Confrérie de laSainte-Vierge et que ses père et mère, frères et sœurs, soient d’uneprobité irréprochable. » Elle sera désignée par le sort entre troiscandidates, nommées au scrutin secret par les chefs de famille de lacommune ayant droit aux apanages ; le maire et l’adjoint voteront lespremiers et les derniers, de manière à avoir chacun deux voix. Lecapital de fondation est d’environ 5,000 fr. (36).

Soulaines(Maine-et-Loire). – Le curé Châtizel de la Néronière institua de sesdeniers, en 1785, le couronnement annuel d’une Rosière, qui devait êtredésignée au scrutin secret, par ses compagnes. La fête fut célébréepour la première fois le 24 juin 1786. Le curé prononça à cetteoccasion un Discours sur la Virginité, qui fut recueilli et imprimé(37).

Suresnes (Seine). –Suresnes eut de bonne heure sa Rosière. La fondation en était due àl’abbé Lholier, secrétaire de la Feuille des Bénéfices. Le curéproposait trois sujets, parmi lesquels quarante notables du villagefaisaient l’élection à la pluralité des voix. En 1788, la comtessed’Artois, qui présidait la cérémonie, voulut, en dotant aussi les deuxrivales de la Rosière, les consoler d’un échec qui était encore unhonneur (38). L’abbé Fauchet, depuis évêque constitutionnel duCalvados, conventionnel et l’un des plus éloquents orateurs du parti dela Gironde, prêcha à cette occasion, devant la princesse, un Discours sur les mœurs rurales(39) qui fit grand bruit dans le temps. Au fond, c’est une déclamationassez vide. « O champs aimés du ciel, asiles paisibles de l’hommeheureux par ses travaux et riche de son innocence, vous êtes l’image dujardin de Délices quand c’est la vertu qui vous cultive et la sagessequi vous habite ! » (P.5). Une note, plus curieuse que le Discourslui-même, nous montre que, dès cette époque, l’institution de laRosière avait déjà dégénéré dans certains endroits (à Romainville,particulièrement), et était devenue l’occasion ou le prétexte decertains scandales :
« Si, dans le voisinage d’une grande ville, il y avait une cérémonie dela Rosière qui ne serait qu’une fête profane, instituée par une sociétéd’hommes dissipés, sans aucune intervention du Pasteur, qui est au nomde la Religion et de la loi, le premier Ministre des Mœurs dans lescampagnes… où les jeunes Vierges s’assembleraient pour des danses etdes festins… où la condition du prix serait que la Rosière se mariâtdans les six mois qui suivent son élection, et si quelquefois cemariage était en effet honteusement nécessaire ; si les désordres semultipliaient dans cette paroisse depuis cette fondation civile enfaveur de la vertu… » (P. 39). Supprimée pendant la Révolution (40), laRosière de Suresnes fut rétablie dans les circonstances touchantes quevoici : La calèche de Mme Panon des Bassyns (née Mourgues), descendaitrapidement une côte. La portière contre laquelle s’appuyait sa filleâgée de 5 à 6 ans, s’ouvre, et la pauvre petite tombe sous les roues etest écrasée devant les yeux de sa mère (41). C’était près de Suresnes.Les femmes, les mères témoignèrent à Mme des Bassyns, tant d’intérêt etl’entourèrent de tant de soins, que, par une reconnaissance délicate,elle voulut rétablir et doter cette fondation de la Rosière qu’ellesregrettaient beaucoup. De grandes dames voulurent servir de marraines.Une année, ce fut la princesse de Vaudemont ; l’année suivante, Mmed’Abrantès, qui donna une très grande fête à cette occasion. Leportrait qu’elle trace des Rosières de ce temps là et de leur costume,est un peu chargé : « Nous vîmes arriver trois grosses filles bienrobustes, courtes de taille, ramassées, le teint hâlé, coiffées d’unimmense bonnet rond bien épais, bien empesé, portant un déshabilléde grosse percale blanche à la taille courte, aux manches venant aumilieu du bras, et laissant voir une main qui se détachait en bronzesur le blanc éclatant de la percale, ainsi qu’une grande partie de cemalheureux bras (42). » Mme d’Abrantée doubla la dot de la Rosière. Unequête faite par trois de ses plus charmantes amies y ajouta 2,000 fr.Le mariage fut célébré le jour même. En 1811, honneur bien différent !Le célèbre avocat Billecoq, qui cultivait avec amour et talent lapoësie latine, si dédaignée de nos jours et pourtant si digned’hommages, publiait en l’honneur des Rosières de Suresnes, un charmantpoëme latin (43). La fête de Suresnes est restée une des plusbrillantes des environs de Paris (44). On s’amusa beaucoup, en 1880, del’aventure d’une ci-devant Rosière de Suresnes. La douceur n’était pas,paraît-il, sa principale vertu. Dans une querelle avec son fiancé, lejour même de son mariage, elle déchira à belles dents son bouquet defleurs d’oranger, pour lui en cracher les débris au visage. Les boutonsétaient en cire. L’un d’eux s’arrêta dans le gosier et faillitl’étrangler. On eut  tous les peines du monde à l’extraire (45).

Saint-Symphorien-d’Ozon(Isère). – (46).

Tours(Indre-et-Loire). – Cette ville, où rien ne prouve, cependant, quel’institution des Rosières eût été en honneur dans les temps anciens(47), inaugura le retour des fondations de ce genre, le 2 messidor anXII (21 juin 1804). Elle subsiste toujours, et faute d’emploi, la dotd’une année grossit celle de l’année suivante (48).

SUPPLÉMENT

Guéret (Creuse). – Le18 novembre 1831, M. Bonnyaud, vice-président du tribunal de Guéret,lègue à la ville de Guéret une partie de sa fortune, à la condition decouronner et marier tous les ans une Rosière. Présentation par le curéet le clergé de la ville de 3 candidates ; nomination de l’une d’ellespar le maire, les adjoints et le Conseil municipal ; dot équivalant auxtrois cinquièmes du revenu des immeubles légués ; recommandationssingulières au sujet des prénoms à donner aux filles des Rosières, etqui devront rappeler ceux de sa propre fille, aux fleurs à déposer surla tombe de cette enfant par les Rosières, anciennes et nouvelles, etpar leurs familles (49)

ÉTRANGER

Baden. – Pourcompléter, (d’autres disent pour racheter) la série de divertissementsqu’elle offre à ses invités, l’administration des jeux avait établidans cette station un couronnement de Rosières, vers 1857.

Hartwell. – Il nefaudrait pas prendre trop au sérieux le titre des Rosièresd’Hartwell, donné à un petit vaudeville de 1816 (50). C’était unepièce de circonstance, où Louis XVIII, hôte, comme on sait, du châteaud’Hartwell pendant son exil, était censé couronner une Rosière,uniquement pour amener cette réponse de la jeune fille, dans le goût dutemps : « J’espère que vous aussi, porterez la couronne. »

Discours prononcé à la Sociétélittéraire des Rosati, pour le couronnement des Rosières,le     floréal an V de la République Française,par le citoyen Mulot, président de la Société… ; Mayence, Crass, in-8°,de 20 pages.


III

Charges et Parodies satyriques.

____


THÉATRE

La Rosière Espagnole :comédie en trois actes et en vers libres, par J. H. Guy, donnée pour lapremière fois sur le théâtre des Jeunes-Elèves, le 2 floréal an IX (51).

Joconde : parolesd’Etienne, musique de Nicolo ; opéra-comique joué au théâtre Feydeau,mars 1814. C’est une Rosière qui, dans cette pièce bien connue, joue lerôle, passablement égrillard, de l’ingénue qui donne une si belle leçonà Robert et à Joconde.

Les Rosières :opéra-comique en trois actes, parole[s] de Théaulon, musique d’Hérold,représenté à Feydeau, le 27 janvier 1817. C’était le premier ouvragedramatique de ce compositeur destiné à une si grande célébrité, et sontalent s’y révélait déjà par plus d’un côté. La pièce a été reprise,mais sans succès cette fois, en 1860 (52).

Les Rosières de Paris,par Simonnin, Brazier et Carmouche, 1825 (53).

Le Prix de vertu ou les troisBaisers: comédie-vaudeville en cinq tableaux, par Brunwick et Barthélemy,représentée pour la première fois sur le théâtre de laPorte-Saint-Martin, le 5 février 1834 (54).

Rosière et Nourrice,par Théodore Barrière, 1849. C’était le début de l’auteur qui n’avaitencore que 20 ans, et ce début fut si heureux que la pièce sauta duthéâtre Beaumarchais au Palais-Royal.

Le Coup de Tête ou la Clef desChamps: musique de Deffès, paroles de Boisseaux ; petit opéra représenté avecun certain succès en 1857 (55). Mme du Barry y joue le rôle de Rosière.

La Rosière, parMonselet : Scènes dialoguées, faisant partie du Théâtre du Figaro (56).

La Rosière de Quarante ans: paroles de Paulin Deslandes, musique d’Eugène Déjazet ; avril 1862.

Une Rosière à Oran.Cette parade jouée au café Mabile de cette ville, en Janvier 1870,après l’avoir été sans doute ailleurs, marquait un degré de plus dans…la descente. La Fée Urf en faisait les frais, tantôt sous les traitsd’une candidate de 85 ans, tantôt sous ceux d’une aimable jeune fille,fort empressée de cesser de l’être et de se marier (57).


VARIA

Rappelons, en courant, que Désaugiers, dans une de ses plus jolieschansons, Les Voisines de Village(58), a payé aux Rosières son tribut goguenard, et que deux des Hommesd’état du Charivari, devenus sérieux depuis, l’un comme sénateur,l’autre comme député, Taxile Delors et Cantagrel, avaient été des plusacharnés dans ce journal à la poursuite des Rosières.


CARICATURES

Almanach comique, 1854; – Lune, 6 juillet 1867 ; – Charivari, 15 août 1852, 14mai 1853 ; – etc. ; – etc. ; – etc. ; – etc.


IV

Médailles de Canon. [Voir le Frontispice.]

Pendant l’impression de ce mémoire, nous sommes parvenu à nous procurerces Médailles. Elles sont fort jolies et n’ont, croyons-nous, jamaisété publiées. Nous les avons fait graver pour les joindre à notretravail. En voici la description, plus exacte que celle que nous avionsdonnée (p. 412), d’après quelques écrivains.

Diamètre, 38 millimètres.

Même revers sur chacune des quatre médailles, sauf l’indication de laqualité du Lauréat ou de la Lauréate, BONNE FILLE, BONVIEILLARD, BON CHEF DE FAMILLE, BONNE MÈRE.

Bonne Fille. – Obvers: La Vertu publique couronnant de roses l’Innocence ; rosiers à droite,lauriers à gauche ; au-dessous, LA BONNE FILLE ; exergue : HIC PIETATISHONOS ; signature : DUV [Du Vivier]. –Revers.

FÊTE DES
BONNES GENS
INSTITUÉE EN LA SEIGNEURIE
DE CANON
PAR MR ET MME ELIE DE BEAUMONT
SEIGNEURS DE CANON
DE LA PAROISSE DE
NOMMÉE BONNE FILLE
LE 9 OCTOBRE

Bon Vieillard. –Obvers : La Déesse de l’Agriculture, assise sur des gerbes, couronnantd’épis un vieillard ; près d’elle, instruments aratoires ; au-dessous,LE BON VIEILLARD ; exergue, empruntée à Horace : DIGNUM LAUDE SENEMVETAT MORI (59).

Bon Chef de famille. –Jeune homme soutenant d’une main une vieille femme, et montrant, del’autre, une charrue à un jeune garçon ; derrière, attelage de bœufs ;au-dessous, LE BON CHEF DE FAMILLE ; signature : GATTEAUX ; Exergue :COLLIGET AVUS.

Bonne Mère. – Unefemme allaitant un enfant et suivant des yeux les jeux de deux autres ;près d’elle, une quenouille ; derrière, un pélican ; au-dessous, LABONNE MÈRE ; signature : DUVIV ; exergue : MATERNUM PERTENTANT GAUDIAPECTUS (60).

Les coins de ces médailles existent à l’hôtel des Monnaies.

Il y a des réductions de ces médailles : diamètre, 19 millimètres.C’étaient des jetons, destinés sans doute à être distribués auxspectateurs de la fête et aux amis de la maison. L’existence n’en avaitpas été signalée jusqu’ici. La Monnaie n’en possède pas les coins. Lesexemplaires que nous avons sous les yeux nous ont été communiqués avecbeaucoup de bonne grâce, par le numismate normand si autorisé, M.Feuardent.

L’obvers de ces jetons est le même que celui des médailles, sauf queles signatures des graveurs, et dans la médaille du Bon Chef de familleles accessoires, ont disparu. L’exécution en est aussi moins soignée.

Le revers présente des différences notables. Voici celui de la médaillede la Bonne Fille :

FÊTE DES
BONNES GENS
____

INSTITUÉE PAR MR ET MME
ELIE DE BEAUMONT
LE 10 FEVRIER 1775.
____

JEANNE COLIN DE LA
PSSE DE VIEUX FUMÉ
NEE BONNE FILLE
____

1775.

J’ai également sous les yeux les jetons de Pierre LE MONNIER, de laparoisse de Canon Les B. G., nommé BON VIEILLARD, en 1775 ; deMARGUERITE MASSUE LE GROS, de la paroisse de Mésidon, nommée BONNEMÈRE, en 1776 ; de CHARLES DURET, de la paroisse de Canon Les B. G.,nommé BON CHEF DE FAMILLE, en 1776.[L’auteuranonyme de l’article, paru en 1874, dans l’Annuaire duCalvados, dit que les quatre médailles furent composées par Duvivier etGatteaux. – Gatteaux est le graveur des deux coins de 1776, qui sontsignés de ses initiales (note de E. Veuclin. m.o.)]

Tous ces jetons sont en cuivre rouge. Les noms des Lauréats et ceux deleurs paroisses y sont en relief, comme le reste de l’inscription,tandis que, sur les médailles, on avait réservé un champ pour lesgraver en creux.

Il y eut des médailles et des jetons frappés en argent, peut-être mêmeen or.

Il y eut aussi des médailles et des jetons, tant en cuivre qu’enargent, portant deux faces et point de revers ; par exemple, d’un côtéle BON CHEF et de l’autre la BONNE MÈRE, ou la BONNE FILLE et le BONVIEILLARD : Fantaisie ? curiosité ? économie peut-être, afin de pouvoiroffrir aux visiteurs deux médailles et deux souvenirs de la fête en unseul.


NOTES :
(1) Petit Journal, 25 juin1874.
(2) Annuaire d’Eure-et-Loir. – Fragments historiques sur le Perche,par J. O. Pitard, 1866, v° Brezolles.
(3) Notice sur la fondation de la Rosière à Château-Gontier, par unCastro-Gontérien (M. de Montozon, longtemps conseiller de préfecture àAlençon) ; Château-Gontier, Leclerc, 1879, in-8° de 42 p. Intéressantepublication, à laquelle nous avons fait plus d’un emprunt.
(4) Abbé Bertaux.
(5) Discours prononcé par M. Boullenger, à l’occasion du mariage des 7Rosières, le 2 février 1872 ; Saint-Denis, Moulin (1872), in-8° ; – Paix, 4 février 1883 ; – Petit Journal, 5 février 1879.
(6) Monde Parisien, 4 mars 1882. Ceci rappelle l’escroquerie, qu’on pourrait appeler le vol à laRosière, commise à Saint-Denis, par une jeune coquine de 22 ans, déjàmère de deux enfants, grosse d’un troisième et qui, sous prétexte dedonner un grand dîner à sa famille, à l’occasion de son couronnement,trouve moyen d’extorquer à un restaurateur, ébloui du titre qu’elle sedonne, pas mal de litres de vin ordinaire, de vin supérieur et de Rhumqu’elle emporte comme échantillons ; à un cordonnier, 7 paires debottines pour chausser dignement toute sa famille, en ce grand jour ;du moins, ce n’était pas une Rosière officielle ! Marie Renaud,condamnée par le tribunal de la Seine, à 6 mois de prison. (Temps, 17avril 1884). Au mois de février 1878, le tribunal civil de la Seine, condamnait à larestitution des frais de repas et des dépenses de mariage, un fiancéqui s’était retiré au dernier moment. Il plaidait que sa fiancée,ci-devant Rosière, avait eu un enfant depuis, mort il est vrai.
(7) Gaulois, 8 juillet 1884 ; – Soleil, 11 juillet 1878 et 8juillet 1884 ; – République radicale, 9 juillet 1884 ; – Rappel, 9juillet 1884 ; – Liberté, 29 juin 1875 ; – Labessade, p. 221 ; – Motd’Ordre, 9 juillet 1877 ; – République française. Villed’Enghien-les-Bains. Fête de la Rosière, dimanche 6 juillet 1879 ;Paris, veuve Renou (1879). plac. in-fol.
(8) La Falaise et Paris, Ganguery, M. DCC. LXXIX ; II et 48 p. in-12; s. l. Cet opuscule renferme une Lettre sur la fête, un discoursimité de celui de Le Monnier, et des chansons par l’abbé deSaint-Martin.
(9) Figaro, 12 février 1865.
(10) De La Sicotière et Jamme de la Goutine, Le curé Pous, Angers ;1880, in-8°, p. 21.
(11) Progrès national de l’Orne, 10 juin 1876.
(12) Droit, 2 août 1843.
(13) Glaneur de l’Orne, 27 mai 1877.
(14) Catalogue Wit, de Gand, septembre 1875, n° 390.
(15) Chronique de l’Ouest, in-8°, t. II, p. 264. Il y aurait eu des fondations semblables à Saint-Jean-du-Bois(arrondissement de la Flèche), et à Fresnai-sur-Sarthe (Ib.). M.Leguicheux n’en parle pas dans ses Chroniques de Fresnay, 1877, in-8°.
(16) Lettre sur les Rosières de Salency ; Lyon, 1782, p. 25.
(17) Glaneur de l’Orne, 29 juillet 1877, et autres journ[aux.]
(18) Soleil, 11 juillet 1878 ; – Labessade, p. 219 ; – Journal deParis, 9 juillet 1873 ; – Chronique de l’Ouest, 4 juillet 1875.
(19) Notice, par M. Jules Richard dans les Mémoires de la Société deStatistique des Deux-Sèvres, t. VIII ; Niort, Robin, 1843.
(20) Institution d’une Rosière, par Mme Emilie Ferrière, épouse de M.de Bauchy ; Paris, veuve Renou, 1874, 14 p. in-4° ; – Institutiond’une Rosière à Mouy (Seine-et-Oise). Protestation de la famille de Mmede Bauchy contre une cérémonie exclusivement civile. Violation dutestament de la donatrice en 1874 et 1875 ; Mouy, le 14 septembre1875. Signé, Collard, Ed. Chantepie, Clermont, Coupet (1875), in-4°.
(21) Français, 2 juin 1879 ; – Union, 18 mai 1853, 14 mai 1856, 1erjuin 1857 ; – Chronique de Jersey, 9 juin 1869 ; – Courrier del’Ouest, 17 juin 1869 ; – Débats, 4 mai 1853 ; – Patrie, 2 juin1873 ; – Siècle, mai 1857 – Chronique de l’Ouest, in-8° t. II, p.262 ; – Journaux de mai 1877, Discours de M. Félix Hémant ; – Placard, grand in-fol. donnant le programme des fêtes de Nanterre,les 16, 17, 23 et 24 mai 1880 ; couronnement de la Rosière dansl’église ; discours à la mairie de M. Deschanel, député ; présidence deM. de Lesseps ; – Joanne, Les Environs de Paris illustrés, p. 142.
(22) Nantes, Despilly, Vatard et Malassis ; Paris, veuve Duchesne ;1778 ; in-8° de 30 p. Imprimé à Soissons, chez Courtois. Pièce rare etqui a échappé à l’auteur de l’histoire de la Commune de Nantes, dansson récit du voyage du Prince, t. V. p. 258.
(23) Libéral de Seine-et-Oise, 9 juin 1880.
(24) Abbé Bertaux.
(25) Lettre sur les Rosières de Salency ; Lyon, 1782, in-12, p. 59.
(26) Lettre sur les Rosières de Salency ; Lyon, in-12, p. 54.
(27) Discours prononcé par M. le maire de Vaugirard (M. Fondary), encouronnant la Rosière à la fête du Beaugrenelle ; Paris, Lebègue,1825, in-8°.
(28) Paroles prononcées à Plaisance-du-Gers, le 18 août 1883, aucouronnement de la Rosière (par M. Olleris). Tarbes, Lescamela,(1883), in-12, de 16 p.
(29) « Jamais, disait M. Frédéric Passy, l’incomparable causeur n’a étéplus simple et plus fin tout à la fois, plus aimable et en même tempsplus sérieux, disons-le plus réellement paternel, avec tout ce quecette expression comporte de gravité douce et d’affectueuse bonté. »(Gazette de Neuilly et de Courbevoie, 25 oct., 1874). D’autresjournaux, le Figaro notamment, furent plus sévères.
Quel charmant hommage aux vaincues du concours ! « Les Princes de la Maison de France, au temps où il y avait unecouronne de France, avaient coutume de dire : « Nous avons tous droit àla couronne, mais il « n’y a que l’aîné qui la porte. » Ces demoisellesen peuvent dire autant : C’est leur couronne que nous posons sur latête de l’une d’elles ; elle la porte en leur nom et à leur honneur àtoutes. »
(30) On n’en trouve rien dans les Discours populaires de M. Laboulaye; Charpentier, 1880, in-12.
(31) Il couronnait Mlle Rosier, et l’on juge combien ce nom auraitprovoqué jadis de jeux de mots et de petits vers ; l’assistance étaiténorme ; plus de 3,000 personnes. Le discours s’adressait à desélecteurs politiques plutôt qu’aux Rosières ; il a été publié.
(32) Bien public de Bellême, 15 octobre 1876 ; – XIXe siècle, 22octobre 1874, 19 octobre 1875, 29 octobre 1878 ; – Fondation Cartault(2e année) ; Compte-rendu de la cérémonie du couronnement de laRosière qui a eu lieu, le 17 octobre 1875, à Puteaux. Discours de M.Jules Simon. Paris, Boyer, 1875, in-8°, de 16 p. ; – Pays, 29octobre 1878 ; – Gazette de France, 15 octobre 1874, 19 octobre 1875; – Figaro, 20 octobre 1874.
(33) Relation de la fête de la Rose à Rechicourt, en l’année 1780,suivie du Discours prononcé par l’abbé Marquis, curé de Rechicourt ;Dieuze, Lambelet, M. DCC. LXXXI, in-12, de 259 p. ; – autre ouvrage dumême curé Marquis : Idée de la vertu chrétienne…. ensemble lesconférences particulières sur la fête de la Rose…… ; même format, mêmeimprimeur, même date, de 248 p. L’auteur y insiste particulièrement surl’analogie qu’il trouve entre la fête de la Rose et le triomphe deJudith. Le parallèle a été critiqué, d’autant mieux que la flèche etles balles de paume, où le bon curé voyait des symboles militaires,n’avaient nullement cette signification ; – La Rosière de Rechicourt,par M. l’abbé Guillaume ; Nancy, Lepage, 1853, in-8°, de 28 p. Ontrouve dans ce dernier ouvrage un discours prêché par l’abbé Laurent,au couronnement de 1785.
(34) Thiery, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris ;1786, t. I, p. 614 ; – Couplets et Rondeaux chantés dans les Souvenirs de Belleville. Revue anecdotique, par MM. Flan et Delteil ;s. d. (1859), gr. in-8°. Léonide Leblanc, alors à ses débuts, jouaittrois rôles dans cette pochade, notamment celui de la Rose nommée.
(35) Catalogue des publications relatives aux Rosières de Salenci,autres que celles déjà citées : Relation de la cérémonie de la Rose, qui s’est faite dans le villagede Salanci, le 8 juin 1766 ; Noyon, Rocher, 1766, in-8°. Romance de la Rosière de Salanci, chantée chez M. le Prieur deSalanci, par Mme la comtesse de Genlis, le 8 juin 1766……, par M. lecomte de Genlis, ; Noyon, Rocher, 4 p., in-4°, s. d. (1766). Saint Médard aurait froncé le sourcil en entendant les coupletsgalantins de M. de Genlis :

        « O toi, charmante Rose !
        Symbole de candeur,
        Le sein où tu repose
        Imite ta douceur ;
        Sa bouche demi-close
        Imite ta couleur ;
        C’est ta métamorphose.
        Car elle a ta fraîcheur. »

Epithalame champêtre, chantée à Salanci, le 27 juillet 1766, aumariage de la Rosière, couronnée le 8 juin dernier. A la suite, Remerciments des habitants de Salenci à M. l’Intendant età mesdames la Marquise et Comtesse de Genlis ; Noyon, Rocher, 1766, 6p., in-4°. Vers détestables. L’Innocence du premier âge en France, par Sauvigny ; Paris, Delalain,1768, in-8°. La Rose ou la Fête de Salency ; Paris, Gauguery, 1770, in-8° ; grav.et mus. Même ouvrage que le précédent et le suivant. Ce n’est même quel’édition de 1778, comme l’indique le privilège, avec une antidate. L’Innocence du premier âge en France, ou Histoire amoureuse de Pierrele Long et de Blanche Bazu ; suivie de la Rose, ou la Fête de Salency.Nouv. édit., Paris, Ruault, 1778, in-8°, de 276 p. Même ouvrage que les deux précédents. La Fête de la Rose, poème, (1748), in-12. Mémoire pour les syndic et habitants de Salancy, contre le sieurDanré, seigneur de Salancy, par Delacroix, avocat ; Paris, Simon,1774, in-8°. Premier(-second), mémoire en faveur de la Rosière, pour les syndic ethabitants de Salancy, contre le sieur Danré, seigneur de Salancy, parDelacroix, avocat ; Paris, Simon, 1774, in-8°. Même tirage du premier Mémoire, que dans le n° précédent. Mémoire pour Messire Charles-François-Laurent Danré… seigneur deSalency… appelant et demandeur, contre les syndic et habitants deSalency, intimés et défendeurs ; Paris, Simon, 1774, in-4°. Requête signifiée pour le Seigneur de Salency, un sujet de la rosière; Paris, Simon, 1774, in-4°. Plaidoyer en faveur de la Rosière, pour les syndic et habitants duvillage de Salency, contre le sieur Danré, seigneur dudit Salency, parTarget ; Paris, Knapen, 1744, in-4°. Requête des filles de Salency à la Reine, au sujet de la contestationqui s’est élevée entre le seigneur et les habitants cette paroisserelativement à la fête de la Rose, par Blin de Sainmore. Discours prononcé à la fête de la Rose, à Salency, le 8 juin 1776,par l’abbé l’Ecuy ; Soissons, Waroquier, s. d., in-8°. Berquinade et déclamation. Relation ou Détail historique de la concession d’une portion du corpsde Saint-Médard, faite par Monseigneur l’évêque et le chapitre de Dijonà la paroisse de Salency (par Nicolas Roger, curé de Saint-Hilaire deNoyon) ; Noyon, Rocher, 1774, in-12. Livret populaire ; rien d’intéressant pour l’histoire des Rosières. Mémoire historique de la concession d’une portion du corps deSaint-Médard, faite par Monseigneur l’évêque et le Chapitre de Dijon àla paroisse de Salency… par M. D. B. G. A. C. ; Paris, Simon, 1775,in-12. Histoire de la rosière de Salency, 1777 (v. ci-dessus, p. 407). Lettre à M. de X… sur les rosières de Salency et les autresétablissements semblables, par M. de la C… (Mathon de la Cour) ; Lyon,de la Roche, 1782, in-12. Le Paradis terrestre découvert dans un petit coin de la France, avecles moyens de l’étendre et de le recouvrer chacun dans son pays, parl’abbé Farel ; Carpentras, Quenin, 1787, in-12. Déclamation honnête et vulgaire. L’auteur la distribuait gratuitement.Il voulait employer à la fondation de Rosières en tous lieux, « leproduit des restitutions incertaines. » Discours prononcé dans l’église de Salency, le 8 juin 1791, pour lafête de la Rosière, par de P…, curé de Pertain ; Paris, Potier deLille, 1792, in-8°. Très banal, Le texte seul du sermon mérite d’être remarqué : « Surge,propera, amica mea, columba mea… et veni… coronaberis, (Cantique desCantiques). Requête des Rosières de Salancy à l’impératrice Marie-Louise passantpar leur village, par Campenon ; (dans les recueils du temps). Elles lui disent, naturellement :
        La rose eut été pour vous !
et elles finissent ainsi :
    De l’Empire des Francs que votre Auguste époux
        Soit l’orgueil et l’appui ; maisvous,
        Protégez l’empire des roses.
La Rosière de Salency, ou la vertu récompensée, recueil de ce qui aété dit de plus intéressant sur cette belle institution ; suivie de lafondation de Sauvigny (Meuse) ; publié par Farnier ; Paris, Sagnier etBray, 1850, in-18 de IV et 210 p. Reproduction, en ce qui concerne Salenci, de  quelques-unes despièces ci-dessus, choisies plus particulièrement dans l’Histoire de laRosière de Salency, 1777. Mémoire historique sur l’institution de la Rosière de Salency, parCharles Delepouve ; Paris, Carion, 1861, in-12 de 24 p. Appel à une souscription pour la reconstruction de la chapelleSaint-Médard à Salenci, sous les auspices et la direction de l’Œuvre deSaint-Médard, que préside l’abbé Hanicle, curé de Saint-Séverin à Paris. Insignifiant. Le Droit du Seigneur et la Rosière de Salency, par L. de Labessade ;Paris, 1878, in-12. Très incomplet. Pèlerinage au berceau de Saint-Médard, évêque de Noyon, à Salency ;Noyon, Andrieux, 1869, in-8°. Mémoire adressé à l’évêque de Beauvais, par l’abbé Leclerc, curé deSalenci, pour lui demander la permission de reprendre les traditionsanciennes et de rendre à Saint-Médard le culte que lui ont rendu nospères, 1869. Il s’agissait du rétablissement du pèlerinage à Saint-Médard. Uneordonnance épiscopale rétablit en effet ce pèlerinage qui peuts’effectuer du 8 au 15 juin, et qu’un Bref de Pie IX, du 16 mai, agratifié d’indulgences particulières.
(36) La Rosière de Salency…, par Farnier. (V. l’article Salenci).
(37) Angers, C. P. Mame, 1786, grand in-8° de X, 58 et 2 p. ; – C.Port, Dictionnaire de Maine-et-Loire. Vis Soulaines et Chatizel.
(38) Affiches du Perche, 1788, p. 277.
(39) Lottin, M. DCC. LXXXVIII, in-8° de II, 46 et 2 p.
(40) Il en est encore question, mais sans détails intéressants, dansune petite brochure : Le Quasi-Modo de Surêne ou les Tout comme,publiée vers 1790, 48 p. in-8°, s. n. n. l. n. d.
(41) D’après une version plus probable, la petite Camille auraitsuccombé par suite d’une chute de voiture. Les autres enfantsn’éprouvèrent point d’accident. (Abbé Bertaux).
(42) Mémoires t. XII, p. 23 ; – Salons de Paris, t. IV, p. 319.
(43) In annuum Surenæ Rosariæ festum, Carmen ; Parisiis, Gueffier,1811, in-4°. Reproduit dans l’Hermes Romanus de Barbier-Vémars. t. I er, p. 195.
(44) Notice sur la Rosière de Suresnes, d’après des notes et documentsrecueillis et mis en ordre par M. l’abbé Bertaux ; Saint-Cloud, veuveBelin, 1859, in-18 de VIII et 80 p. ; – Petit Journal, 3 juin 1874 ;– Publicateur de Domfront et Journal de la Ferté-Macé, 8 juin 1873; – Courrier de l’Ouest, 8 juin 1869 ; – Journal  de Paris, 1erseptembre 1808 ; – Discours prononcé au couronnement de la Rosière deSuresne, le 12 août 1787, par l’abbé Hasard ; s.-l. Demonville, 1787,19 p. in-8° ; – Autre, le 30 août 1789, par l’abbé de Serre-Figon ;Paris, Onfroy, 1789, in-8° ;  ̶  Autre, le 8 août 1790, parM. Ravoisé ; Paris, Simon, s. d., XI et 16 p. in-8° ; Homéliepatriotique ; – Mot d’Ordre, 9 juillet 1877 ; – Figaro, 27 mai 1873; – Dulaure, Histoire des environs de Paris, 1825, t. II, p. 45 ; –Joanne, Les Environs de Paris illustrés, p. 5.
(45) Grand Journal, 17 novembre 1880.
(46) Discours pour le couronnement de la Rosière deSaint-Symphorien-d’Ozon, le 11 mai 1785, par Mgr l’évêque de Sarept,suffragant de Lyon; XI et 10 p. in-12, s. l. n. d. Ce petit volume est un « essai d’unnouveau caractère de Didot aîné. » Rien sur la fondation, sinon qu’elleest due à un « homme généreux etmodeste. »
(47) Nous n’en trouvons aucune trace dans l’Histoire de Touraine, parChalmel, 1828, 4 vol. in-8°.
(48) Chronique de l’Ouest, 8 août 1875.
(49) Almanach pittoresque et historique de la Creuse, 1857 ; Guéret,Poty, in-12, p. 42.
(50) Par Dartois et Bournonville ; joué au Vaudeville en août 1816(Gazette de France, 27 août 1816).
(51) Paris, Roullet, 1801, in-8° de 45 p.
(52) Débats, 26 juin 1860.
(53) Paris, Bouquin de la Souche, 1825, in-8°.
(54) Paris, Marchant, 1834, in-8° de 46 p.
(55) Débats, 31 mai 1857).
(56) Figaro, 27 juin 1861 ; – Théâtre de Figaro, par Monselet ;Paris, Sartorius, 1861, in-12.
(57) Courrier d’Oran, 6 janvier 1870.
(58) Chansons, 1827, t. IV, p. 51.
͋(59) Dignum laude virum Musa vetat mori. Od. III, 8.
(60) Imitation de Virgile :  Latonæ tacitum pertentant gaudia pectus. En. I, 502.